Vipère au Point au Théâtre le Lucernaire

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Par Marie-Christine pour Carré Or TV

Fascinant, merveilleusement joué

 

Nous avons tous lu dans nos jeunes années Vipère au poing, découvrant ainsi le personnage de Folcoche, cette mère de famille odieuse, d’une cruauté sans limites envers ses propres enfants et son entourage.

Le roman paraît en 1948. Il s’agit d’un récit semi-autobiographique d’Hervé Bazin, ce qui le rend d’autant plus poignant et bouleversant.

Adapté à de nombreuses reprises au cinéma, Vipère au poing est monté en 2018 au Théâtre du Ranelagh par la Compagnie Du Taxaudier, avec une scénographie signée Victoria Ribeiro. Le comédien Aurélien Houver y incarne seul en scène toute la famille Rezeau.

Il interprète le fils cadet, Jean, rebaptisé Brasse-Bouillon par Folcoche, mais aussi ses deux frères, Fredie et le petit Marcel, surnommé Cropette, leur père — un ancien professeur de droit international passionné par les insectes —, l’abbé Traquet, prêtre de famille, et enfin Paule Rezeau, celle que les enfants ne peuvent appeler “Maman” mais seulement “Folcoche”.

Deux lettres — V et F — écrites avec rage sur des tableaux noirs en fond de scène, et deux chaises lancées avec violence par le narrateur : tout dans cette mise en scène souligne la brutalité et le conflit.

Jean Rezeau, bien que second de la fratrie, est celui qui ne plie pas. C’est lui qui ose tenir tête à Folcoche. Devenu adulte, il se souvient du jour où il a étouffé une vipère à mains nues. Il l’a regardée droit dans les yeux, fixant longuement ses pupilles jaunes, semblables à celles de Folcoche. Puis le reptile, inoffensif, est devenu un ruban flasque qu’il a brandi comme un trophée devant sa famille stupéfaite.

Ce geste n’est évidemment pas un simple jeu d’enfant. Il est hautement symbolique.

Pendant 1h20, Aurélien Houver réalise une véritable performance. Son talent de mime donne vie à tout le clan Rezeau. La gestuelle est précise, et la métamorphose de chaque personnage est spectaculaire.

Nous assistons à une véritable guerre entre Folcoche et ses fils, en particulier avec Brasse-Bouillon, son souffre-douleur. Autoritaire, dominatrice, castratrice, cruelle, violente, avare, intolérante… la liste de ses défauts est sans fin. Il est impossible de lui trouver une seule qualité !

Et pour parfaire ce tableau glaçant : sa bien-pensance chrétienne, avec l’obligation de la messe quotidienne !

À ses côtés, un mari sans autorité, falot, incapable de raisonner cette épouse acariâtre. Ses rares sursauts de rébellion retombent inévitablement sur lui ou sur les enfants.

Nous sommes ici face à une maltraitance manifeste : les trois garçons ne mangent pas à leur faim, grelottent dans des vêtements inadaptés et sont astreints à des travaux bien trop pénibles pour leur âge.

De tels agissements, aujourd’hui, entraîneraient la déchéance de l’autorité parentale et le placement des enfants. Mais ne rêvons pas : les services sociaux ne sont jamais venus frapper à la porte de la propriété de la Belle Angerie.

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La haine est le moteur de Folcoche. Face à elle, Brasse-Bouillon — volontaire, insolent, qui ose la fixer sans baisser les yeux — devient un jouet de choix. La guerre est ouverte. La détestation atteint des sommets. Plus rien n’arrête les garçons : Folcoche doit mourir.

Ils songent à l’empoisonner, à la noyer… Mais la vipère résiste, se débat, disparaît, puis refait surface. Elle s’agrippe aux branches et se hisse hors de l’eau. Folcoche semble invincible.

À ce stade du récit, nous rêvons tous de la voir disparaître à jamais…

Hervé Bazin aborde ici le thème de la résilience. Car malgré tout, les enfants résistent, se soutiennent, font bloc face au monstre.

Le temps a passé…
Aujourd’hui, Brasse-Bouillon est devenu un homme. Mais à force de haïr, de s’endurcir, la méchanceté a fini par s’insinuer dans son propre cœur.
Folcoche a gagné.

Allez applaudir Aurélien Houver au Lucernaire. Ce comédien vous bluffera et vous donnera envie de vous replonger dans cette trilogie, car Hervé Bazin a poursuivi son œuvre avec La Mort du petit cheval et Le Cri de la chouette, tout aussi captivants.

Extrait vidéo

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