Coups de coeur

Jean Zay, l’Homme complet

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Par Marie-Christine pour Carré Or TV

Un huis clos poignant !

 

Théâtre Essaïon accueille tous les mardis Jean Zay, l’Homme complet, un seul en scène porté par Xavier Béja.

Le comédien a également adapté ce spectacle en s’inspirant de Souvenirs et Solitude et Journal de captivité, écrits par Jean Zay. La ressemblance physique entre Xavier Béja et Jean Zay est d’ailleurs assez troublante.

Cette pièce est un message profondément humain, qui nous plonge dans un moment d’histoire inscrit parmi les heures sombres de notre pays.

Écrivain, avocat et homme politique, Jean Zay est nommé en 1936, par Léon Blum, ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts. Il n’a alors que 31 ans. Radical-socialiste, il s’impose comme une figure incontournable du Front populaire.

Dès la déclaration de guerre en septembre 1939, il démissionne de son poste pour se mettre au service de la défense de la France. Refusant l’armistice et le régime de Vichy, il s’embarque sur le Massilia avec Pierre Mendès France, entre autres, pour poursuivre la lutte en Afrique du Nord.

Arrêtés à Rabat sur ordre du gouvernement de Pierre Laval, considérés comme déserteurs, ils sont incarcérés à Casablanca durant l’été 1940. Après un procès bâclé, Jean Zay est condamné à la déportation et à la dégradation militaire.

Reconduits en France, ils sont emprisonnés à Clermont-Ferrand. Le tribunal de cette ville réduit alors la peine de Jean Zay à quatre ans de prison. Il est ensuite transféré au fort Saint-Nicolas à Marseille.

La pièce débute dans cette prison militaire. Placé au secret, Jean Zay endure des conditions de détention particulièrement dures : il grelotte de froid, seul dans sa cellule, privé de lumière, de visites, de livres et d’écriture.

Sa santé se dégrade rapidement. En janvier 1941, il est transféré à la maison d’arrêt de Riom avec le statut de prisonnier politique, ce qui lui accorde certains droits. Il peut alors recevoir sa femme Madeleine, ses filles et quelques amis. On lui autorise également le papier, le stylo, les livres et les journaux.

Cet intellectuel peut enfin reprendre la plume. Il rédige Souvenirs et Solitude et Journal de captivité, publiés après sa disparition.

Les journées restent longues, mais à Riom, il bénéficie d’une petite cour attenante à sa cellule. Il peut y voir le soleil et s’y installer pour écrire. Le garde des Sceaux de l’époque lui rend même visite et constate la dureté de ses conditions de détention, sans pouvoir y remédier.

Les mois passent, puis les années : 1941, 1942, 1943.

Pour tromper le temps, Jean Zay écrit même un roman policier, publié sous pseudonyme.

Tout au long de la pièce, des projections vidéo évoquent la situation politique de la France sous le Front populaire. Grâce au théâtre, ce prisonnier nous partage avec humilité les réformes qu’il a menées à la tête de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts.

On découvre notamment qu’il a rendu la scolarité obligatoire jusqu’à 14 ans, instauré le sport à l’école et contribué à la création de l’ENA et du CNRS. Qui s’en souvient aujourd’hui ?

Dans le domaine des arts, on lui doit également le Musée d’Art moderne, le Palais de la Découverte, le premier Festival de Cannes en 1939 ainsi que la protection des droits d’auteur.

Sous les traits de Jean Zay, Xavier Béja livre une interprétation sobre et habitée, expliquant avec modestie l’ampleur des réformes engagées, tout en évoquant celles qui restaient à accomplir.

Homme de vision, Jean Zay portait une multitude d’idées. La guerre de 1939-1940 et le régime de Vichy ont privé la France d’un esprit brillant.

Xavier Béja interprète ce rôle depuis plusieurs années. Il a étudié en profondeur l’œuvre de Jean Zay afin d’adapter pour la scène ses années d’emprisonnement. Le personnage semble aujourd’hui ne faire qu’un avec lui.

La scénographie, signée Michel Cochet, reste volontairement sobre. Le dépouillement du décor et les silences prolongés traduisent avec justesse la solitude et la lenteur du temps carcéral, ce temps qui devient l’ennemi le plus redoutable lorsqu’on est privé de liberté.

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Si le spectacle ne dure qu’une heure quinze, il nous fait traverser quatre années de captivité.

La pièce résonne également avec l’actualité, notamment face à la montée de l’antisémitisme. Issu d’une famille juive laïque, Jean Zay a subi un traitement plus sévère que d’autres, comme Mendès France, Vienot ou Wultzer, qui furent finalement acquittés.

Victime du régime de Vichy, il a su faire preuve d’une grande force morale. Sa liberté de pensée et le soutien de ses proches lui ont permis de tenir face à cette injustice.

La pièce s’achève le 20 juin 1944, date à laquelle la Milice l’exécute lâchement. Il n’avait pas 40 ans.

En 2015, la France lui rend hommage en transférant ses cendres au Panthéon, aux côtés de Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion, grandes figures de la Résistance.

Un biopic théâtral émouvant consacré à un homme encore trop méconnu du grand public. Un grand bravo à Xavier Béja pour ce précieux devoir de mémoire.

À voir jusqu’au 7 avril 2026 au Théâtre Essaïon.

Extrait vidéo

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