Le Grand Orchestre du Splendid :
cinquante ans de swing et de folie au Café de la Gare

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Par Stanislas pour Carré Or TV

Un remède contre la morosité !

 

Dans le quartier historique du Marais, le Café de la Gare résonne à nouveau des éclats de cuivres et de l’humour déjanté du Grand Orchestre du Splendid. Avec son spectacle « Tout va très bien ! », cette formation mythique revient sur les lieux de ses débuts pour célébrer près d’un demi-siècle d’existence.

C’est un retour aux sources chargé d’émotion. Tous les lundis soirs, le Café de la Gare de la rue du Temple accueille une institution de la scène musicale française. Le Grand Orchestre du Splendid, cette formation atypique née en 1977, y présente son nouveau spectacle dans une ambiance électrique où se mêlent jazz, salsa, swing et second degré.

 

Une légende du music-hall français

 

L’histoire commence par un simple bœuf musical entre amis au café-théâtre Le Splendid de la rue des Lombards. Les frères Xavier et Frédéric Thibault, fils du comédien Jean-Marc Thibault, réunissent quelques musiciens pour revisiter les classiques de Duke Ellington et Ray Ventura. Ce qui devait être un amusement entre copains se transforme rapidement en phénomène. Jean-Louis Foulquier, alors animateur sur France Inter, les remarque et les invite dans son émission quotidienne « Les Saltimbanques ».

La formation forge alors son identité unique, oscillant entre le respect des standards du jazz des années 1930-40 et une irrévérence totale. Le groupe se construit une signature sonore reconnaissable entre toutes : des cuivres puissants, des rythmes métissés allant du reggae à la salsa en passant par le ska, et surtout, un humour décapant hérité du café-théâtre.

En 1980, ils enregistrent en public au théâtre de la Porte-Saint-Martin leur titre phare qui marquera durablement la mémoire collective française : La Salsa du démon. Le 45 tours s’écoulera à près de 800 000 exemplaires l’année suivante, propulsant l’orchestre au rang de vedette. Le morceau, parodique et pimenté, naît d’une idée loufoque de Xavier Thibault qui s’imagine costumé en sorcière avec ses amis. Cette anecdote illustre parfaitement l’esprit du Splendid : l’inspiration peut venir de n’importe où, pourvu qu’elle fasse swinguer.

 

Un spectacle intergénérationnel

 

Sur la scène du Café de la Gare, quatorze artistes se partagent l’affiche. La force du Grand Orchestre du Splendid réside dans cette alchimie entre générations. Autour du noyau historique composé de Xavier Thibault, Michel Winogradoff, Paul Maucourt et Frédo Westrich, une nouvelle garde est venue insuffler un sang neuf.

Trois chanteuses pétillantes animent le spectacle : Lou Volt, présente depuis 1991, apporte son expérience et sa voix puissante, tandis qu’Émilie Anne Charlotte et la très jeune Cassiopée Mayance incarnent la relève avec une énergie débordante. Cette transmission se retrouve également dans la section rythmique où Aymeric Westrich, le fils de Frédo, a rejoint son père à la batterie.

Les témoignages des spectateurs convergent : l’orchestre n’a rien perdu de sa vitalité malgré les décennies. Les musiciens sont décrits comme virtuoses, les costumes de Françoise Sauvillé-Thibault comme somptueux, et l’ambiance comme électrisante. Impossible de rester assis sans se trémousser sur son siège, rapporte une spectatrice enthousiaste.

 

Un remède contre la morosité ambiante

 

Le titre du spectacle, « Tout va très bien ! », n’est pas anodin. Dans un contexte marqué par les incertitudes, le Grand Orchestre du Splendid revendique son rôle de désanxiogène musical. Pendant deux heures, l’objectif est clair : faire oublier les tracas quotidiens à coups de jazz volant, de gags à se tordre et d’effets spéciaux surprenants.

Au programme, les incontournables côtoient les nouveautés. La Salsa du démon et Macao, ces titres qui ont traversé les époques, sont repris en chœur par un public conquis de toutes générations. L’orchestre propose également des reprises débridées d’airs des années 1930-40 et rend hommage à Boris Vian avec des interprétations jouissives dont la roborative chanson qui commence par les mots iconiques évoquant le défilé.

La scénographie multiplie les clins d’œil à l’esthétique revue-music-hall. Costumes éclatants, numéros humoristiques, chorégraphies enjouées : le rythme ne faiblit jamais. Xavier Thibault orchestre cette joyeuse pagaille avec le grain de folie qui caractérise sa direction depuis toujours. Chaque chanson raconte une histoire, chaque morceau est une occasion de camper des personnages hauts en couleur.

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Une institution qui dure

 

Ce qui impressionne, c’est la longévité de cette aventure. Cinquante ans après sa création, le Grand Orchestre du Splendid continue de remplir les salles sans jamais céder aux modes. En 2017, ils célébraient déjà leurs quarante ans à l’Olympia et au Zénith d’Amiens.

Le groupe a su traverser les décennies en restant fidèle à sa philosophie : privilégier le plaisir de jouer ensemble et de partager ce bonheur avec le public. Xavier Thibault le résume en une formule simple qui pourrait servir de manifeste : « Faut que ça swingue ! » Cette exigence de vitalité, de rythme, d’énergie communicative n’a jamais faibli.

Les spectateurs de 80 ans qui suivaient déjà le groupe dans les années 1980 côtoient aujourd’hui des trentenaires découvrant le répertoire pour la première fois. Cette capacité à fédérer les générations témoigne de l’universalité de la recette du Splendid : de bons musiciens, de l’humour, des mélodies entraînantes et une générosité débordante sur scène.

 

Un rendez-vous à ne pas manquer

 

Le spectacle se prolonge au Café de la Gare avec des représentations programmées jusqu’en décembre, toujours les lundis à 19h30. Pour ceux qui connaissent déjà le répertoire, c’est l’occasion de retrouver de vieux amis musicaux. Pour les néophytes, c’est une plongée jubilatoire dans un univers où la fantaisie règne en maître.

Dans cette petite salle intimiste de 150 places, l’expérience prend une dimension particulière. La proximité avec les artistes, l’acoustique chaleureuse et l’histoire des lieux créent une atmosphère unique. Le Café de la Gare, haut lieu parisien de la contestation et de l’invention théâtrale, a vu naître tant de vocations et de talents qu’il semble l’écrin parfait pour accueillir ce retour du Splendid.

Les critiques sont unanimes : le Grand Orchestre du Splendid propose bien plus qu’un simple concert nostalgique. C’est une véritable fête collective, une bulle de bien-être à consommer sans modération. Les spectateurs ressortent avec ce qu’ils appellent « la pêche », cette énergie positive que seuls les grands moments de spectacle vivant savent transmettre.

En ces temps où l’on cherche des raisons d’espérer et de sourire, le Grand Orchestre du Splendid rappelle une vérité essentielle : la musique, l’humour et la générosité demeurent des remèdes efficaces contre la morosité. Et si l’on en croit Xavier Thibault et sa joyeuse troupe, ils ne sont pas près de s’arrêter tant qu’ils auront la force de faire swinguer les foules.

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