
Par Marie-Christine pour Carré Or TV
Deux solitudes, quatre nuits, une émotion pure !
Les Nuits Blanches s’inscrivent dans les œuvres de jeunesse de Fiodor Dostoïevski. À la même époque, il écrit d’autres nouvelles telles que La Logeuse, Un cœur faible ou encore Monsieur Prokharcine…
Ronan Rivière, comédien et metteur en scène, a adapté et joué dans de très nombreuses pièces d’auteurs russes, notamment Gogol et Dostoïevski. On a pu l’applaudir ces dernières années dans Le Revizor au Lucernaire en 2024, puis dans Le Journal d’un fou, Le Nez ou encore Le Double.
Ronan Rivière est donc parfaitement à l’aise dans l’atmosphère sombre et mélancolique de Dostoïevski, et il le démontre une fois encore dans cette adaptation des Nuits Blanches, actuellement jouée au Théâtre du Lucernaire. Il donne la réplique à la comédienne Laura Chetrit, dans le rôle de Nastenka.
Sur scène, la présence d’un excellent pianiste, Olivier Mazal, accompagne la pièce en interprétant des œuvres de Rachmaninov, en parfaite harmonie avec les états d’âme des personnages.
Arrivé à Saint-Pétersbourg depuis huit ans, le narrateur n’a fait aucune connaissance et ne compte aucun ami. La seule personne avec qui il échange quelques mots est Matriona, chargée de l’entretien de sa maison.
Solitaire et mélancolique, il erre dans la ville comme un fantôme. Sa vie n’est qu’un long rêve éveillé. À 26 ans, il n’a jamais connu de femme. Pourtant, en rêve, il est tombé amoureux des dizaines de fois.
Un soir, il aperçoit une jeune fille en pleurs au bord de la Néva. Les âmes en peine se reconnaissent… Il lui offre son bras : elle s’appelle Nastenka.
Timide et maladroit du fait de son isolement, il peine à engager la conversation. La jeune femme, sensible à son désarroi, lui propose de se revoir le lendemain, au même endroit et à la même heure — 22 heures — mais à une condition : « Ne devenez pas amoureux de moi. » Il lui en donne sa parole.

Première nuit blanche
Le lendemain, après une nuit d’insomnie, fou d’impatience, il arrive avec deux heures d’avance.
De son côté, Nastenka, après réflexion, souhaite mieux connaître cet homme solitaire qui lui a peut-être sauvé la vie. Elle veut tout savoir de lui.
Mais lui prétend ne pas avoir d’histoire : il a vécu pour lui-même, c’est-à-dire seul.
« Ma vie est faite d’une atmosphère de fantastique et d’idéal, mêlée à quelque chose de grossier et de prosaïque. »
En présence de Nastenka, il se raconte pour la première fois : « Des soupapes se sont ouvertes dans ma tête, et il faut que je m’épanche en un torrent de mots, sinon j’étoufferais. »
Il libère ainsi ses rêves enfouis au plus profond de son cœur. Après ces confidences, il est comme hébété : jamais il n’a autant parlé.
Vient alors le tour de Nastenka.
Âgée de 17 ans, elle vit avec sa grand-mère aveugle, à laquelle elle est littéralement « épinglée » par un système contraignant. Faute de ressources, cette dernière loue quelques chambres.
Après le décès d’un ancien locataire, un jeune homme s’installe. Il prête des livres à la grand-mère. Nastenka découvre alors Walter Scott et Pouchkine, et passe ses journées à lire.
Chaque rencontre dans l’escalier la trouble. Il l’invite à deux reprises à l’opéra. Peu à peu, elle tombe amoureuse.
Mais après ces moments, le locataire se fait distant. Il doit quitter les lieux.
Ne supportant plus sa vie et aspirant à une autre existence, Nastenka monte un jour chez lui avec ses affaires, incapable de parler tant l’émotion est forte. Il comprend.
N’ayant pas les moyens de l’emmener à Moscou, il lui promet de revenir un an plus tard pour l’épouser.
Mais un an et trois jours ont passé. Il est censé être revenu à Saint-Pétersbourg… et n’a donné aucun signe de vie.
Le jeune homme écoute, bouleversé d’apprendre que le cœur de Nastenka appartient à un autre.
Elle lui confie une lettre à remettre à un intermédiaire, dans laquelle elle exprime son amour et son espoir de le revoir.
Fin de la deuxième nuit blanche.
Les nuits se succèdent. Les deux jeunes gens se retrouvent au même endroit, à la même heure. Nastenka vit dans l’attente.
Après trois nuits blanches, elle arrive encore une fois la première.
Toujours aucune réponse…
Une œuvre profondément romantique, où deux solitudes se rencontrent, se rapprochent, se confient… mais ne vibrent pas à l’unisson.
L’amitié pour l’un, l’amour pour l’autre.
Dostoïevski laisse entrevoir à son personnage la possibilité d’un bonheur, d’une vie partagée… mais l’auteur de Crime et Châtiment ne peut offrir une fin véritablement heureuse.
Une excellente interprétation de Ronan Rivière et Laura Chetrit.
Une adaptation sensible et poignante, à découvrir jusqu’au 5 avril au Théâtre du Lucernaire.
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