
Par Marie-Christine pour Carré Or TV
Une belle performance !
Nous gardons tous en mémoire le film culte de John Ford, tourné en 1940, suite à la parution du roman de John Steinbeck, lauréat du prix Pulitzer : Les Raisins de la colère.
À l’affiche, l’acteur mythique Henry Fonda.
En revanche, aucune adaptation de ce roman ne fut autorisée depuis le décès de Steinbeck et, par conséquent, aucune pièce de théâtre ne vit le jour, ni aux États-Unis ni en Europe.
Seuls Xavier Simonin et son compère Jean-Jacques Milteau ont su séduire les ayants droit de John Steinbeck, ce qui ne fut pas une mince affaire !
Ils présentent ainsi, en première mondiale, un conte musical qui retranscrit parfaitement l’atmosphère du roman, enrichi par la country music.
Jouée sans interruption durant plusieurs mois au Théâtre Michel, cette œuvre est actuellement présentée au Lucernaire, pour notre plus grand plaisir : Les Raisins de la colère.
Ayant réalisé l’adaptation, Xavier Simonin assure également la mise en scène et campe à lui seul tous les personnages de l’histoire, réalisant une véritable performance de comédien.
À ses côtés, trois musiciens de talent : Claire Nivard, qui chante et joue de la guitare, dont la voix est d’une grande pureté ; son complice de toujours, Glenn Arzel, au banjo et à la guitare — ces deux artistes jouent et chantent en duo depuis une dizaine d’années (album Winding Road) ; et enfin Manu Bertrand, à la contrebasse.
L’action se déroule au début des années 1930. La terrible crise financière secoue violemment l’économie américaine, avec des ondes de choc mondiales.
Cette période de grande récession est connue sous le nom de la Grande Dépression.
Pour compléter ce tableau dramatique, plusieurs États américains — tels que l’Oklahoma, le Kansas ou le Texas — subissent alors une sécheresse extrême, accompagnée de tempêtes de poussière recouvrant pâturages et récoltes : le Dust Bowl, une véritable catastrophe écologique.
Les prix agricoles chutent, et la plupart de ces fermiers, simples métayers donc non propriétaires des terres, doivent prendre le chemin de l’exil.
Pourtant, ils sont nés sur ces terres ; plusieurs générations y ont travaillé durement, et toute leur histoire est intimement liée à ces quelques arpents cultivés à la sueur de leur front.
Dans les années 1930, les banques américaines, propriétaires des terrains, décident de faire pousser du coton et de passer à une agriculture mécanisée intensive.
Qualifiées de « monstres sans pitié » par Steinbeck, elles font raser les habitations des fermiers.
Une page de l’Histoire se referme.
Steinbeck raconte alors l’exode de la famille Joad, fermiers de l’Oklahoma, emportant dans leur camion le strict minimum, mais riches de l’espoir de trouver du travail à l’Ouest et de recommencer une nouvelle vie.
Trois générations serrées dans un même véhicule roulent vers le grand Ouest.
Leur rêve : la Californie, la douceur de son climat, ses vergers à perte de vue, et la promesse d’une vie meilleure…
Enfin, tout ce que l’on raconte sur cet Eldorado.
Plus de 2 000 kilomètres à parcourir, mais cette fuite vers un futur espéré meilleur s’avère pleine d’embûches. Les Joad ne sont pas seuls sur la mythique Route 66.
Trois millions de fermiers deviennent en quelques mois des migrants.
Citoyens américains respectés, les voilà désormais qualifiés d’Okies.
L’auteur dénonce les ravages du capitalisme, l’exploitation éhontée de cette main-d’œuvre à bas coût, souffrant du froid, de la faim et de la maladie.
Au cours de ce voyage interminable, les plus âgés de la famille Joad perdent la vie.

La musique et les chants accompagnent cette traversée qui semble sans fin.
L’atmosphère musicale amplifie considérablement les émotions, mais redonne aussi de l’espoir, car ces migrants de l’Oklahoma ont emporté avec eux leur culture et leur folklore : les danses et la country music.
Xavier Simonin passe d’un personnage à l’autre avec une aisance déconcertante.
86 ans après la parution des Raisins de la colère, ce texte demeure d’une actualité brûlante.
Nous assistons toujours à des vagues de migrations climatiques, économiques ou liées aux conflits.
Ces nouveaux arrivants sur notre continent sont, en quelque sorte, eux aussi des Okies, souvent parqués dans des camps, comme le fut la famille Joad, en quête d’un travail — même mal payé — pour survivre.
Victimes des mêmes préjugés et de la même méfiance que ces fermiers de l’Oklahoma.
Steinbeck a fait le choix d’un roman engagé à portée politique.
Il faut lui reconnaître un certain courage. Les Raisins de la colère viennent d’ailleurs clore sa trilogie, après Un combat douteux et Des souris et des hommes.
L’épilogue du roman apporte néanmoins une touche d’optimisme : malgré la multitude d’épreuves, la solidarité entre déracinés demeure, et cette colère partagée leur a permis de poursuivre cette grande aventure humaine.
👉 Allez applaudir au Lucernaire ce spectacle théâtral, porté par la musique et les chants.
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