
Par Stanislas pour Carré Or TV
Une parenthèse de pur bonheur théâtral !
Jusqu’au 29 mars 2026, le Théâtre le Ranelagh accueille la production survoltée d' »Un fil à la patte » par la Compagnie Viva. Mise en scène par Anthony Magnier, cette version décoiffante du chef-d’œuvre de Feydeau fait l’unanimité et rappelle que le vaudeville n’a rien perdu de sa modernité.
Dans le paysage théâtral parisien, certaines mises en scène marquent les esprits. Celle d' »Un fil à la patte » par la Compagnie Viva, qui a débuté le 15 janvier dernier au Théâtre le Ranelagh, en fait incontestablement partie. Depuis sa création en 2014, ce spectacle a déjà conquis plus de 200 représentations et continue de faire salle comble, preuve que le génie de Georges Feydeau traverse les époques avec une vitalité intacte.
Anthony Magnier :
donner un coup de pied aux conventions
À la barre de cette production, Anthony Magnier, metteur en scène et directeur artistique de la Compagnie Viva qu’il a fondée en 2002. Formé à la commedia dell’arte auprès du maître italien Carlo Boso, Anthony Magnier a développé au fil des années une approche singulière des grands textes du répertoire. Son ambition ? Dépoussiérer les classiques sans jamais les trahir, en s’appuyant sur l’énergie du théâtre de tréteaux et la virtuosité du jeu des comédiens.
Pour « Un fil à la patte », sa démarche est claire : il s’agit de ramener ce grand texte de Feydeau à sa quintessence en donnant un coup de pied aux conventions. Fini les décors somptueux et les costumes d’époque trop précieux. Ici, le plateau devient un espace de jeu brut où les portes qui claquent et les coups de sonnette sont suggérés virtuellement par le jeu des acteurs. Cette radicalité scénographique, loin d’appauvrir le spectacle, en révèle toute la modernité.
Un imbroglio amoureux toujours explosif
L’intrigue demeure celle imaginée par Feydeau en 1894 : Fernand de Bois-d’Enghien s’apprête à épouser une riche héritière, mais il traîne un « fil à la patte » encombrant en la personne de Lucette Gautier, chanteuse de café-concert au tempérament volcanique. Quand la lâcheté se mêle au mensonge, quand on tente de rompre sans courage ni franchise, tout dérape. Les quiproquos s’enchaînent avec une précision diabolique, chaque tentative de s’en sortir ne faisant qu’aggraver la situation.
Ce qui frappe dans cette mise en scène, c’est le rythme endiablé maintenu du début à la fin. Comme le souligne un critique de L’Autre Scène, « toute la troupe fait preuve d’une maîtrise époustouflante, tout s’emboîte avec une précision horlogère ». Cette mécanique parfaitement huilée est le fruit d’un travail rigoureux où chaque comédien connaît sa partition sur le bout des doigts.
Une distribution au sommet de son art
La Compagnie Viva réunit pour cette production neuf comédiens qui donnent littéralement tout sur scène. Stéphane Brel, qui incarne Fernand de Bois-d’Enghien depuis la création du spectacle en 2014, livre une performance burlesque éblouissante. Pris dans un tourbillon de mensonges de sa propre fabrication, il passe d’un état de panique à l’autre avec une justesse confondante. Habitué des grandes scènes parisiennes, Stéphane Brel a notamment joué au Théâtre de Paris dans « Chers parents » et au Splendid dans « The Fisher King ».
Magali Genoud ou Fanny Lucet, selon les représentations, campent une Lucette Gautier mémorable. Loin de la caricature de la maîtresse hystérique, elles incarnent une femme de caractère qui refuse obstinément d’être abandonnée, avec une détermination qui force presque l’admiration. Leur scène au deuxième acte, où Lucette débarque dans le salon bourgeois, constitue l’un des moments les plus hilarants de la soirée.
Alexandre Pavlatta ou Matthieu Lemeunier donnent vie au baron de Fontanet, cet ami maladroit dont les tentatives d’aide ne font qu’empirer la situation. Anthony Magnier lui-même endosse le rôle du général Irrigua, père de la future épouse, apportant son autorité militaire et son sens de l’honneur face aux mœurs légères du milieu artistique.
Eugénie Ravon, comédienne et metteuse en scène reconnue, membre de la troupe depuis la création de 2014, poursuit son compagnonnage avec Anthony Magnier dans plusieurs productions. Agathe Boudrières, régulièrement présente au Ranelagh dans diverses productions, complète cette distribution de haute volée. Anthony Roullier ou Gregory Bellanger, ainsi que Mikaël Fasulo, apportent leur énergie et leur précision à l’ensemble.
Une énergie qui électrise le public
Les spectateurs ne s’y trompent pas. Sur les plateformes de réservation, les avis sont unanimes. « Des comédiens formidables n’épargnant pas leur énergie au service d’une mise en scène dynamique et du rythme endiablé de Feydeau », témoigne un spectateur. « Nous avons ri du début à la fin », confirme un autre. Certains habitués du Festival d’Avignon, où la Compagnie Viva se produit régulièrement, saluent leur troisième Feydeau avec cette troupe : « Un fil à la patte est un vrai régal, joué à la perfection avec une énergie de dingue ».
Cette énergie communicative, c’est la signature de la Compagnie Viva. Formée aux techniques du théâtre de tréteaux et à la maîtrise de l’improvisation, la troupe développe un jeu physique intense où le corps de l’acteur devient un instrument à part entière. Dans la scène formidable qui se déroule sur le palier de l’appartement et la cage d’escalier, on perçoit comment ce travail épouse le saccage de l’amour par la lâcheté ordinaire, tout en atteignant le plus haut niveau d’hilarité.

Une satire sociale toujours mordante
Au-delà du rire, « Un fil à la patte » demeure une satire acérée de la société bourgeoise. Feydeau y décortique les hypocrisies d’un monde où les apparences comptent plus que tout, où il faut maintenir la façade de respectabilité tout en s’adonnant à des plaisirs clandestins. Le contraste entre le monde policé de la haute société et l’univers plus libre du café-concert crée cette tension comique permanente qui n’a rien perdu de sa pertinence.
Comme l’explique Anthony Magnier dans ses entretiens, le rire véritable naît des situations les plus tragiques pour les personnages : « Plus les choses qui arrivent aux personnages sont dures, difficiles, moins on a envie de vivre ce qu’ils vivent et plus ça va nous faire rire ». Cette philosophie traverse toute sa mise en scène, donnant à voir des personnages en crise permanente, démesurés dans leurs réactions, et pour lesquels chaque tentative de s’en sortir devient un nouveau piège.
Un spectacle réjouissant à ne pas manquer
« Un fil à la patte » au Théâtre le Ranelagh rappelle que le vaudeville, lorsqu’il est porté par des artistes de cette trempe, reste un genre théâtral d’une puissance comique inégalée. La production de la Compagnie Viva réussit le pari de faire revivre un classique en respectant son esprit tout en le rendant résolument actuel.
Dans une période souvent morose, ce spectacle de 1h45 sans entracte offre une parenthéthèse de pur bonheur théâtral. Le public sort de la salle avec le sourire aux lèvres et l’envie de partager cette expérience. Une soirée où le talent des comédiens, la vision du metteur en scène et la qualité indémodable du texte se conjuguent pour offrir un divertissement de très haute volée.
À voir absolument jusqu’au 29 mars 2026.
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