Bouvard et Pécuchet au Théâtre de Poche de Montparnasse

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Par Marie-Christine pour Carré Or TV

Une immense farce qui démontre avec humour

les limites du savoir théorique

 

Flaubert n’eut pas la chance de voir publier en 1881 Bouvard et Pécuchet : le destin en avait décidé autrement. Pourtant, ce dernier roman ne ressemblait en rien à l’ensemble de son œuvre et lui demanda un immense travail d’encyclopédiste, l’éloignant ainsi du terrain de prédilection du romancier. Bouvard et Pécuchet fut donc une œuvre posthume.

Ce célèbre auteur souhaitait avant tout faire de Bouvard et Pécuchet un roman humoristique et satirique, dénonçant les mœurs de certains de ses contemporains. Maintes fois adapté au cinéma, à la télévision et au théâtre, l’ouvrage a notamment été porté à l’écran par Michel Galabru et Jacques Duby dans les années 1970, puis par Jean-Pierre Marielle et Jean Carmet en 1990 pour le petit écran.

Depuis, la pièce a connu de nombreuses adaptations et est régulièrement jouée sur les planches. Marc Chouppart et Géraud Bénech proposent aujourd’hui une nouvelle version montée au Théâtre de Poche Montparnasse, mettant en scène deux comédiens au physique très dissemblable, formant un duo absolument clownesque.

Après l’écriture, la scène : Marc Chouppart, grand et mince, interprète Pécuchet et donne la réplique à Jean-Paul Farré, comédien de petite taille mais de grand talent. Dès leur première apparition, les rires fusent.

Célibataires tous deux, Pécuchet est veuf, Bouvard célibataire endurci, ils se rencontrent fortuitement sur un banc d’un faubourg parisien. En posant respectivement leur chapeau haut-de-forme sur le banc, ils découvrent qu’à l’intérieur chacun a pris soin d’inscrire son nom. Un détail amusant, pensent-ils. La conversation s’engage, et de fil en aiguille, ils découvrent de nombreux points communs, les mêmes centres d’intérêt et, chose incroyable, le même métier : ils sont copistes.

Le temps passe et Bouvard et Pécuchet deviennent des amis inséparables. Un beau matin, Pécuchet apprend qu’il est l’héritier d’un oncle fortuné et que le testament lui assure une rente annuelle très honorable. Il partage la nouvelle avec son ami et tous deux décident de se retirer à la campagne, partageant une véritable passion pour le vert.

Finie la vie parisienne, monotone et étriquée ! À eux la liberté, vive le plein air, vive la campagne ! Après de longues hésitations, Pécuchet opte pour l’achat d’une ferme en Normandie, à Chavignolles précisément. Heureux d’évoluer dans ce cadre verdoyant, ils ne peuvent cependant se contenter de contempler les étoiles alors que la ferme dispose de vastes terres.

Comment mettre en culture tous ces champs ? Nos deux amis se plongent alors sans relâche dans l’étude de tous les ouvrages possibles sur l’agriculture, le jardinage, la distillerie… Rien n’est laissé au hasard, tout doit être fait dans les règles de l’art. Citadins et totalement inexpérimentés, ils appliquent stricto sensu les consignes de nombreux manuels dits pratiques.

Hélas, leurs efforts sont vains et ils accumulent échec après échec. Après avoir tenté les sciences dites appliquées, ils s’attaquent à des disciplines plus intellectuelles : la politique, la religion, la littérature, la métaphysique…

Avec le même engouement et la même fièvre du néophyte, ils dévorent les ouvrages, habités par une véritable boulimie du savoir. Cette frénésie n’a pas de limite. Mais malgré toute leur bonne volonté, c’est le fiasco.

Pourquoi ces échecs répétés ? Flaubert souhaitait un ton enjoué, et ce tandem est irrésistible : l’un grand, mince et attendrissant ; l’autre plus petit, replet et d’un tempérament plus affirmé. Avec Jean-Paul Farré et Marc Chouppart, le duo est idéal.

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Tous deux racontent l’histoire du roman à partir des feuillets laissés par Flaubert. Soudain, les pages du manuscrit, tenues par le fébrile Pécuchet, tombent à terre. Panique chez les deux compères : le spectacle doit durer une heure quinze et le temps manque pour conclure. C’est la catastrophe, car un nombre incalculable de domaines abordés par Flaubert ne pourra être joué !

Bouvard, plus autoritaire, impose alors des choix drastiques pour terminer tant bien que mal la pièce dans les temps impartis.

Deux grands comédiens mettent ainsi leur talent au service d’une comédie légère et divertissante. Flaubert voulait faire de son roman une immense farce, démontrant que certains croient que les manuels rédigés par des spécialistes peuvent résoudre tous les problèmes. L’auteur en démontre le contraire à travers cette satire toujours d’actualité, près d’un siècle et demi après sa création.

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