Drôle de justice au Théâtre de Passy

800x0x79834-or

Par Marie-Christine pour Carré Or TV

Un moment de théâtre percutant !

 

Jean-Marie Rouart, journaliste, romancier, chroniqueur et académicien, s’est toujours passionné pour les grandes affaires judiciaires.

Lauréat du prix Renaudot en 1983 pour son roman Avant-guerre, inspiré de la tragique affaire Gabrielle Russier, incarcérée pour détournement de mineur et qui mit malheureusement fin à ses jours, l’écrivain n’a jamais cessé d’interroger les dérives de la justice.

Très investi dans l’affaire Omar Raddad, il a défendu avec acharnement cet ancien jardinier marocain, condamné à 18 ans de réclusion criminelle pour le meurtre de Ghislaine Marchal. Gracié par le président Jacques Chirac, Omar Raddad a vu sa première requête en révision rejetée en 2002.

On se souvient également de l’article rédigé par Jean-Marie Rouart dans Le Figaro, qui lui valut une condamnation pour diffamation devant la 19ᵉ chambre du tribunal de Paris à l’égard de la famille Marchal.

Vous l’aurez compris : cet académicien ne lâche rien. Depuis des années, il poursuit son combat pour la vérité judiciaire, dénonçant la prise de pouvoir des juges et plaidant pour une réforme profonde de la magistrature ainsi que de l’École nationale de la magistrature.

Depuis le 8 octobre 2025, Jean-Marie Rouart présente au Théâtre de Passy sa nouvelle pièce, Drôle de justice, mise en scène par le talentueux Daniel Colas.

Un titre déjà très évocateur.

Ce vaudeville judiciaire met en scène un juge ambitieux, incarné par Daniel Russo, dont « les dents rayent le parquet » non judiciaire, cela va sans dire. Il attend fébrilement l’appel téléphonique qui lui annoncera sa nomination à la présidence de la Cour de cassation, l’aboutissement de tous ses rêves.

Dans son bureau, une robe rouge bordée d’hermine, suspendue au porte-manteau, trône majestueusement, prête pour les audiences solennelles. Le futur président est sous tension, d’une humeur exécrable. Depuis longtemps, il a perdu toute humanité : seule sa carrière compte.

Ni le mariage imminent de sa fille, ni l’annonce du décès de sa mère, ni l’avenir de son fils, un garçon sans envergure, lui aussi en attente d’un coup de fil providentiel grâce aux relations de son père ne semblent l’affecter.
Pas même le meurtre de la petite fille de leur femme de ménage.

Rien ne peut l’atteindre.

Ce matin-là, le gros téléphone rouge posé sur son bureau sonne à de nombreuses reprises, mais jamais pour l’annonce tant espérée : uniquement des interlocuteurs jugés sans importance.

Au sein de cette famille bourgeoise, l’épouse de ce haut fonctionnaire, interprétée par Florence Darel, détonne. Femme généreuse, profondément humaine, elle prend spontanément la défense des plus modestes : leur femme de ménage ou encore un jeune Yougoslave sans titre de séjour qu’elle a recueilli et qui vit depuis des mois dans leur garage.

Ce couple cohabite sous le même toit, mais ne partage plus grand-chose.

L’affaire de l’enfant retrouvée prétendument sans vie près de leur domicile qui n’est autre que la fille de leur employée tombe vraiment mal ce matin-là. L’arrivée du commissaire de police chargé de l’enquête devient particulièrement gênante.

Interprété par Thibaut de Lussy, l’officier interroge le juge et son fils sur leur emploi du temps de la veille : tous deux ont effectivement croisé et parlé avec la fillette. Il faut donc à tout prix calmer le jeu, éviter le scandale et trouver rapidement un coupable idéal, en promettant que cette affaire ne fera aucune vague… surtout aujourd’hui.

Le futur président de la Cour de cassation s’engage alors à faciliter la mutation du commissaire à Brest, comme ce dernier le souhaite.

Quant au coupable, il l’a déjà sous la main : le réfugié yougoslave.

Père et fils, habituellement en désaccord, se retrouvent parfaitement unis pour livrer à la justice cet étranger devenu encombrant.

1920x0x79837-or

Avec cette pièce, Jean-Marie Rouart revient sur le thème de l’erreur judiciaire, sujet obsessionnel de son œuvre. La vérité se retrouve prise en otage par des juges déshumanisés, capables de compromissions et d’arrangements tant politiques que privés.

Ces intrigues font froid dans le dos et une question brûle les lèvres :
peut-on encore croire en la justice ?

Sous les apparences d’une comédie, avec une mise en scène évoquant le théâtre de boulevard, l’auteur aborde un sujet grave et règle ses comptes avec ce qu’il appelle « la République des juges », une caste quasi sacrée aux décisions souveraines ne rendant de comptes à personne.

En fin de représentation, l’auteur monte sur scène et engage un débat passionnant avec le public.

Drôle de justice est une pièce originale, courageuse et d’une brûlante actualité, à découvrir au Théâtre de Passy en cette fin d’année.

Un moment de théâtre percutant, parfumé d’un humour parfois grinçant… mais terriblement lucide.

Extrait vidéo

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*