
Par Marie-Christine pour Carré Or TV
Une adaptation vibrante
« Cueillez dès maintenant les roses de la vie, car le temps jamais ne suspend son vol, et cette fleur qui s’épanouit aujourd’hui demain sera flétrie. »
Cet hymne au Carpe Diem résonne dans la classe de Monsieur Keating, nouveau professeur de lettres du célèbre et austère collège de Welton, dont la devise est : Tradition, Honneur, Discipline, Excellence.
Vous l’aurez reconnu, il s’agit bien du film culte et oscarisé Le Cercle des Poètes Disparus, réalisé en 1989 par Peter Weir, sur un scénario de Tom Schulman.
Dans le rôle du professeur Keating, le regretté Robin Williams.
Aujourd’hui, cette œuvre emblématique est adaptée pour le théâtre par Gérald Sibleyras, dans une mise en scène d’Olivier Solivérès. Sous les traits du professeur Keating, l’excellent comédien Xavier Gallais.
Dès son apparition dans la classe, ce nouveau professeur détonne par rapport aux autres enseignants. Sa dégaine, son flegme, son humanité, sa joie de vivre… Très vite, les élèves comprennent que ce professeur ne ressemble en rien aux autres, soucieux de faire respecter à la lettre les quatre règles qui font la réputation de Welton.
Lors du premier cours de littérature, Keating demande à ses élèves d’arracher la première page du prologue du très renommé professeur Evans Pritchard, intitulé Comprendre la poésie. Interloqués, hésitants, mais aussi amusés, ils obéissent lorsque Keating leur ordonne de déchirer toutes les pages de ce traité.
Très vite, les feuilles volent au-dessus des bureaux dans un désordre jubilatoire. Pour les plus timorés, cet acte est particulièrement difficile.
« Allez, courage, vous ne rôtirez pas en enfer. »
Puis Keating écrit au tableau, en gros caractères : CARPE DIEM.
La glace est rompue. Les collégiens ne l’appellent plus par son nom, mais «Capitaine, mon Capitaine », fidèle au poème de Walt Whitman.
Premier geste symbolique fort, exigeant de ces jeunes gens un acte de courage et d’affirmation. Car la poésie n’a pas besoin de traités ni de manuels de recommandations. Elle s’invite partout : dans la musique, dans la nature…
À chacun de ses cours, Keating les pousse à s’affirmer, à penser par eux-mêmes, à dépoussiérer tous les principes éducatifs dont ils sont prisonniers. À travers la poésie, il veut leur rendre la liberté afin qu’ils puissent s’épanouir pleinement, car pour l’instant, ce ne sont encore que des esprits en jachère. La vérité se trouve au fond d’eux-mêmes.
Ces jeunes gens sont littéralement conquis. Grâce aux archives de l’école, ils découvrent que Keating a lui aussi fréquenté Welton lorsqu’il était adolescent et qu’il avait alors formé, avec ses camarades, Le Cercle des Poètes Disparus.
À leur tour, ils vont reconstituer ce cercle et en reproduire les rites : des réunions nocturnes, éclairées par leurs lampes frontales, dans une grotte au fond du parc. À leur tour, ils vont tenter d’écrire de la poésie.
Si la majorité des collégiens adhère à ce cercle, certains s’abstiennent, par crainte des représailles. En effet, tous possèdent des personnalités bien différentes.
Le principal du collège commence à s’inquiéter et à douter des méthodes éducatives du professeur Keating : le tapage pendant les cours, l’agitation des collégiens, mais aussi les remontées des parents d’élèves.
Keating n’est nullement ému. Lors d’un cours, il monte carrément sur son bureau et demande à chacun de faire de même, expliquant que monter sur une table est un acte fondamental : « Cela change la perspective du monde.»
Peu à peu, sous l’influence de ce professeur, véritable mentor, les collégiens se métamorphosent, heureux de s’émanciper.
« Profitez et vivez vos rêves, vous en avez le droit. »

Le collégien amoureux ose écrire et déclamer son poème devant sa bien-aimée, et devant toute sa classe. Le surdoué, collectionnant les prix d’excellence, découvre que sa voie est le théâtre et qu’il n’a nullement envie de devenir médecin, comme son père le souhaite, sous prétexte que lui n’a pas eu la chance de faire des études. Le timoré, quant à lui, prend peu à peu davantage d’assurance.
On aurait sans doute tous rêvé d’avoir un professeur comme Keating. Il voulait leur inculquer la liberté d’être et de penser par eux-mêmes, une méthode plus orientée vers la psychologie, bien loin de l’enseignement rigide des années 60.
Trente-cinq ans après le succès du film, Xavier Gallais, grand comédien et également professeur d’interprétation au Conservatoire national supérieur d’art dramatique, trouve dans Keating personnage charismatique et haut en couleur, un rôle parfaitement taillé à sa mesure.
Il transmet une telle émotion tout au long de la pièce que les spectateurs du Théâtre Libre lui réservent une véritable ovation, ainsi qu’à l’ensemble de la troupe.
Bravo également à Olivier Solivérès pour sa mise en scène, qui nous replonge avec une grande fidélité dans l’univers du film de Peter Weir.
Une adaptation vibrante d’un film mythique, qui passe à toute allure et nous laisse une empreinte indélébile.
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