La Promesse de l’Aube au Théâtre de la Contrescarpe

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Par Marie-Christine pour Carré Or TV

Un hommage bouleversant à l’amour maternel absolu

 

Depuis début octobre, Tigran Mekhitarian présente au Théâtre de la Contrescarpe La Promesse de l’Aube de Romain Gary.

Publié en 1960, soit quatre ans après le Prix Goncourt obtenu pour Les Racines du ciel, ce roman autobiographique a immédiatement conquis les lecteurs. Il continue aujourd’hui encore de toucher toutes les générations et s’impose comme un grand classique de la littérature française.

Le cinéma comme le théâtre n’ont cessé de s’en emparer au fil du temps. Plus récemment, Franck Desmetz et Stéphane Freiss en ont proposé chacun un seul en scène.

Tigran Mekhitarian, comédien et brillant metteur en scène, a souhaité quant à lui que la mère de Romain Gary soit véritablement incarnée sur scène, afin de donner chair à celle à qui ce roman est entièrement dédié.
Un hommage posthume d’un fils à sa mère.

Pour camper ce personnage haut en couleur, il a choisi Delphine Husté, magnifique comédienne qui, malgré son jeune âge, interprète Mina Owczynka de la naissance de Romain, en 1914, jusqu’à la disparition de cette dernière en 1941.

Delphine Husté s’exprime avec l’accent caractéristique de l’Europe centrale un accent que Mina ne perdra jamais et qui rappelle ses origines, son parcours et sa force de caractère.

La mise en scène de Tigran Mekhitarian se veut vivante et rythmée : plusieurs personnages qui ont marqué l’enfance et l’adolescence de Gary s’invitent au fil du récit.

Le violoniste et comédien Léonard Stefanica incarne à lui seul une multitude de rôles masculins et parfois féminins avant de reprendre, l’instant d’après, son violon pour le plus grand plaisir du public.

Cette adaptation théâtrale, à la fois intimiste et musicale, nous plonge dans une ambiance slave, empreinte de mélancolie et d’émotion, magnifiée par la virtuosité de Stefanica.

Le récit, narré par Romain Gary lui-même, nous fait revivre ses premières années.

Né à Vilnius, Roman Kacew, enfant unique, vit seul avec sa mère Mina Owczynka.

De confession juive, cette dernière fuit le régime russe – Vilnius appartenant alors à la Grande Russie pour s’installer à Varsovie, puis, en ultime étape, en France, à Nice.

Mina et son fils ne roulent pas sur l’or : elle use de mille stratagèmes pour survivre. Femme énergique, exubérante et débordante d’amour pour son fils, elle voit en lui l’enfant le plus beau et le plus intelligent du monde.
Prête à toutes les privations et à quelques escroqueries pour assurer son avenir, elle nourrit pour lui une ambition sans limite :

« Tu seras un héros, tu seras général, Gabriel d’Annunzio, ambassadeur de France… »

Roman est son trésor, son unique raison de vivre. Mais cette passion dévorante devient, à l’adolescence, étouffante.

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Si Gary aime profondément sa mère, il éprouve aussi le besoin d’échapper à cet amour fusionnel. Mina, elle, continue de le protéger jusqu’à son dernier souffle, incapable de le laisser grandir.

Ce lien intense, parfois excessif, fascine et interroge encore : entre tendresse, dépendance et sacrifice, il fait de La Promesse de l’Aube une œuvre universelle sur l’amour maternel.

À travers le regard d’un homme mûr qui se remémore son enfance, Romain Gary demeure le gardien de cet amour absolu qu’il ne retrouvera jamais auprès des autres femmes de sa vie.

Tel un conte, ce récit témoigne du pouvoir visionnaire de Mina Owczynka, qui avait pressenti le destin exceptionnel de son fils : écrivain, diplomate, héros de guerre.

Le trio d’acteurs fonctionne à merveille. L’émotion, la justesse du jeu et la complicité entre les interprètes rendent un hommage bouleversant à celle qui a façonné l’homme et l’écrivain.

Un spectacle plein de fraîcheur, de tendresse et d’émotion, à découvrir au Théâtre de la Contrescarpe.

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