
Par Marie-Christine pour Carré Or TV
Passionnant et émouvant !
L’œuvre de Tennessee Williams a marqué le théâtre et le cinéma du XXe siècle, et reste ainsi inscrite dans la mémoire collective.
Souvenez-vous :
« Un tramway nommé Désir », avec l’inoubliable Vivien Leigh et Marlon Brando,
« La Chatte sur un toit brûlant », avec la séduisante Elizabeth Taylor,
« La Rose tatouée », portée par la grâce d’Anna Magnani…
« La Ménagerie de verre » fait partie des toutes premières pièces de ce grand dramaturge américain.
Écrite en 1944, elle a été maintes fois adaptée au théâtre.
En 2018, Charlotte Rondelez en signait une mise en scène avec Christiana Reali et Ophélia Kolb au Théâtre de Poche.
Et c’est aujourd’hui avec plaisir que nous redécouvrons cette œuvre au Lucernaire, dans une scénographie de Philippe Person.
Sur scène, quatre comédiens :
Florence Le Corre, dans le rôle d’Amanda, la mère de famille,
Alice Serfati, qui incarne Laura, sa fille âgée de 24 ans, handicapée,
Blaise Jouhannaud, en Tom, le frère et narrateur,
Antoine Maabed, dans le rôle de Jim, collègue et ami de Tom.
Nous pénétrons dans l’intimité des Wingfield, plus précisément dans leur salle à manger.
Le mobilier est modeste : une table, quatre chaises, un sofa, une machine à écrire posée sur une table basse, et un petit meuble éclairé exposant de délicates miniatures en verre.
Conformément au souhait de l’auteur, l’atmosphère est embrumée, baignée dans un clair-obscur cher à Tennessee Williams.
Au mur : un cadre, une photo d’un homme – ce père, ce mari – qui les a abandonnés depuis seize ans et dont ils n’ont plus de nouvelles.
Tom, pour faire vivre sa mère et sa sœur, a dû accepter un emploi ingrat dans un atelier de chaussures.
Pour échapper à ce huis clos familial, il passe ses soirées au cinéma… ou ailleurs.
Car il ne supporte plus cette chape qui l’écrase un peu plus chaque jour.
Certes, il aime sa mère, et adore Laura, sa sœur si différente des autres jeunes filles.
Mais il ressent, avec amertume, tout le poids de cette responsabilité pesant sur ses épaules.
La vie dont il rêvait semble s’éloigner chaque jour davantage.
Le climat familial se dégrade, les altercations avec Amanda se multiplient.
Cette ambiance étouffante le ronge. Il n’a qu’une seule idée en tête : fuir.
Tom s’adresse au public. Il nous raconte la vie de ce trio dont il fait partie.
Il doit échapper à cette mère possessive qui le réveille chaque matin en criant :
« Debout les morts ! »

Amanda reste nostalgique de sa jeunesse à Saint-Louis, de ses flirts. Elle contemple avec aigreur le portrait accroché au mur, rappel constant de son sort.
Elle voue une haine farouche à cet homme qui l’a lâchement abandonnée, elle et ses enfants – et surtout une fille handicapée, bien que ce mot soit tabou pour elle.
Non, Laura est « normale ». Elle est simplement timide. Rien de plus.
Désormais, son obsession est de trouver un bon mari à sa fille.
Laura, elle, n’a pas pu terminer ses études. Sans aucune confiance en elle, elle vit recluse à la maison, entourée de sa ménagerie de verre, ses seuls véritables amis.
Amanda, Laura et Tom vivent chacun dans un monde nourri de rêves dissemblables.
L’atmosphère devient irrespirable. Tom, épuisé par les extravagances de sa mère, en vient à comprendre ce père démissionnaire.
Mais un événement inattendu vient troubler le quotidien : l’invitation à dîner d’un collègue de Tom, Jim.
C’est une bouffée d’air frais qui vient briser l’ennui pesant.
Amanda est fébrile, comme à la veille d’un premier bal. Elle fonde tous ses espoirs sur ce jeune homme, enfin un parti pour Laura !
Elle sort le grand jeu : une robe légère du temps où la vie était douce… Cette soirée est capitale.
Laura aussi est nerveuse, mais pour d’autres raisons : elle voudrait fuir.
Jim arrive, malgré lui, dans ce guet-apens familial.
Comment cette soirée inespérée pour Amanda va-t-elle se dérouler ?
La fragile Laura et sa précieuse ménagerie de verre sauront-ils séduire Jim ?
Tom continuera-t-il à fuir la réalité chaque soir dans les salles obscures ?
Une pièce aux accents psychologiques intenses, portrait de trois êtres fusionnels, mais profondément désespérés.
Florence Le Corre est absolument remarquable dans le rôle d’Amanda : mère aimante, possessive, mais terriblement agaçante.
Notons aussi l’interprétation tout en finesse d’Alice Serfati dans le rôle de Laura.
Blaise Jouhannaud, en Tom et narrateur, tient entre ses mains le fil conducteur de cette tragédie familiale.
Enfin, Antoine Maabed apporte un souffle nouveau, allégeant la pesanteur de cette cellule familiale proche de l’asphyxie.
« La Ménagerie de verre » reste décidément un classique dont on ne se lasse jamais.
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