La Confiture de Coings à la Folie Théâtre

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Par Stanislas pour Carré Or TV

Un doux voyage à rebours dans l’amour !

 

Au cœur de l’élégant intimisme de La Folie Théâtre, dans le XIᵉ arrondissement de Paris, se joue La Confiture de Coings, une pièce de Margaux Lebrun (écriture et mise en scène) qui s’est imposée comme un petit bijou du théâtre contemporain. Vendredis et samedis à 21h, on est convié à un spectacle à la fois tendre, poétique et très humain, qui explore les méandres d’une vie de couple du crépuscule à l’aube.

 

Une narration inversée : revisiter les saisons d’une vie

 

Le parti pris de la pièce est fort : raconter une vie à l’envers. On rencontre Jules et Romane à l’âge de 90 ans, dans un présent proche de la fin. Puis, au fil des scènes, on remonte le temps : leurs gestes, leurs paroles, leurs habitudes, mais aussi les douleurs, les promesses, les rêves non tenus, les joies qui subsistent, tout se dévoile dans l’ordre inverse

Ce dispositif narratif permet non seulement de croiser le visible et l’invisible ce qui est dit et ce qui ne l’est pas, mais encore de mesurer la force du temps sur les sentiments, les corps, les espoirs. Le goûter de 16h revient régulièrement comme un rituel, un point d’ancrage, que ce soit dans la fragilité des vieux jours ou dans l’exubérance de l’enfance

 

Clara Navarro et Hugo Samperiz, complicité et justesse

 

Le duo Clara Navarro / Hugo Samperiz impressionne. Ils incarnent alternativement (et souvent simultanément, dans l’imaginaire du spectateur) Romane et Jules à différents âges de leur vie, de l’enfance jusqu’à la vieillesse. Ce qui frappe, c’est leur capacité à rendre crédible chaque étape — leur jeu ne trahit ni la fragilité des corps avancés, ni l’impulsivité juvénile, ni les hésitations de l’âge mûr

Le décor minimaliste mais ingénieux — des boîtes en carton, une table, quelques objets du quotidien — permet aux deux comédiens de s’emparer de l’espace avec finesse. À chaque changement d’époque, ce sont ces éléments, déplacés, réagencés, qui signent le passage du temps, sans dominantes ostentatoires. Cette sobriété laisse place au texte, aux silences, aux regards, aux gestes et c’est là que la pièce trouve sa force.

 

Poésie, humour et gravité : un équilibre fragile

 

Margaux Lebrun tisse un texte dans lequel l’émotion cohabite avec l’humour, sans que la nostalgie ne glisse vers la mélancolie pesante. On rit des petites scènes de conflit, des maladresses, des répliques qui claquent, mais aussi souvent juste après, on ressent la perte, le regret, le poids du temps. Certains moments amènent les larmes, d’autres déclenchent un rire libérateur. Le tout dans une atmosphère douce, jamais criée, jamais mièvre.

Un spectateur le disait : « Vieillir… histoire un peu dure au début et puis toute une vie de couple se déroule devant nous avec ses attentes, ses espoirs et ses désillusions mais toujours autant d’amour. »

 

Ce que révèle la pièce : souvenirs, temps et intimité

 

Au fil de ces fragments inversés, ce n’est pas seulement une histoire d’amour qui se raconte, mais ce sont des questions universelles qui émergent : qu’est-ce qui reste quand le temps passe ? Que restent-ils l’un pour l’autre, quand la mémoire vacille, quand le monde change ? Et que faisons-nous de nos rêves longtemps retenus ?

Le décor, en carton léger, les objets modestes, les goûters, les cartons autant de symboles simples qui nous renvoient à notre propre vie, à ce que nous avons construit, perdu, aimé. Le spectacle invite le public à contempler sa propre histoire sans jugement, avec bienveillance, et à accepter que le temps, même s’il use, peut laisser derrière lui une forme de beauté silencieuse.

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Critique et réception : succès mérité

 

La Confiture de Coings ne passe pas inaperçue. Elle s’est vue décerner le Prix Florent 2023 (meilleur spectacle et meilleurs interprète. Elle est aussi saluée dans les médias spécialisés comme une création « d’une grande justesse et dans une énergie admirable », ou encore comme un spectacle « dynamique, plein d’humour, fort bien interprété ».

Les spectateurs, de tous âges, semblent touchés par ce miroir tendu à la vie : beaucoup témoignent de l’émotion ressentie, de la manière dont ils se reconnaissent dans les petits riens, dans les moments de tendresse ou d’absence, dans la douce mélancolie.

 

À voir ? Pour qui ? Où ? Et pourquoi

 

Oui, absolument. Que l’on soit amateur de théâtre, en quête d’une pièce qui touche sans vulgarité, ou simplement désireux d’un moment de réflexion intime, cette pièce remplit toutes ses promesses. Elle s’adresse autant à ceux qui veulent pleurer qu’à ceux qui aiment rire — et ceux qui aiment mêler les deux.

La Confiture de Coings est le fruit d’une très belle rencontre artistique — entre auteur.e, metteur en scène, comédiens, public — qui parvient à faire vibrer ce qu’il y a de plus universel : l’amour, le temps, la mémoire, les regrets, les joies. Magnifiquement interprétée, écrite avec finesse, mise en scène avec sensibilité, cette pièce est une invitation à ralentir, à ressentir, à s’émouvoir.

Un spectacle qui, comme on dit, laisse une trace. À voir et à revoir.

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