Un petit jeu sans conséquence
Quand le rire fait tomber les masques

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Par Stanislas pour Carré Or TV

Délicieux et grinçant !

 

Et si une simple plaisanterie suffisait à faire vaciller un couple que tout le monde croyait indestructible ? À la Folie Théâtre, Un petit jeu sans conséquence réussit le pari de faire rire tout en titillant, avec une certaine finesse, nos certitudes sur l’amour, l’amitié et les apparences. Une comédie qui n’a finalement de « petit » que le titre.

Écrite par Jean Dell et Gérald Sibleyras, la pièce, récompensée par cinq Molières en 2003, n’a rien perdu de son efficacité. La nouvelle mise en scène signée Arnaud Allain lui offre aujourd’hui un rythme particulièrement agréable et une énergie communicative.

Au départ, pourtant, rien ne semble bien méchant. Claire et François sont mariés depuis vingt ans et forment, aux yeux de leur entourage, un couple modèle. Réunis avec leurs amis à la campagne, ils décident de plaisanter en annonçant leur séparation. Une petite provocation, un jeu sans conséquence… du moins le pensent-ils.

Car la réaction de leur entourage va rapidement leur faire comprendre que tout le monde ne partage peut-être pas leur vision idyllique du couple.

Et c’est précisément là que la pièce devient savoureuse. Derrière les rires et les situations qui s’enchaînent, les auteurs s’amusent à faire tomber progressivement les masques. Les non-dits ressurgissent, les jalousies apparaissent, les sentiments se dévoilent et les certitudes commencent sérieusement à vaciller.

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La grande réussite du spectacle tient à son équilibre.

 

Un petit jeu sans conséquence n’est jamais uniquement une succession de bons mots et de quiproquos. La mécanique comique fonctionne parce qu’elle repose sur des personnages qui ont leurs failles, leurs frustrations et leurs petits secrets. On rit d’eux, mais on peut aussi facilement se reconnaître dans leurs réactions.

La distribution contribue largement au plaisir du spectacle. Les six comédiens, Thomas Colin de Verdière, Julie Fabioux, Zahia Guinchard, Jean-Louis Raybaud, Sacha Uzan et Antoine Waroude, composent une galerie de personnages aux tempéraments très différents.
Certains provoquent immédiatement le rire, d’autres installent davantage de trouble ou de malice. Les caractères se confrontent, les dialogues fusent et les situations prennent progressivement une tournure de plus en plus explosive. Une récente critique soulignait d’ailleurs le caractère tonique et virevoltant du spectacle ainsi que la savoureuse interprétation de plusieurs personnages.

Nous avons particulièrement apprécié cette manière qu’a la pièce de ne jamais prendre son public de haut. Sous ses airs de comédie légère, elle observe avec amusement nos petites hypocrisies et cette étrange tendance que nous avons parfois à vouloir connaître la vérité… à condition qu’elle ne nous concerne pas directement.

Le décor et la mise en scène participent également à cette proximité. Dans une salle comme celle de la Folie Théâtre, le public se retrouve presque au cœur de cette réunion qui va progressivement partir en vrille. Cette proximité renforce le sentiment d’assister à quelque chose de vivant, presque comme si l’on était discrètement invité à la table de ces amis.

Et c’est sans doute ce qui rend le spectacle aussi agréable : on vient pour rire et l’on repart avec quelques questions sur les apparences, les couples et les amitiés que l’on croit connaître.

Avec ses 1 h 15, le spectacle va droit à l’essentiel et conserve un rythme qui évite les longueurs. À l’heure où l’on cherche parfois au théâtre des expériences toujours plus complexes, Un petit jeu sans conséquence rappelle avec bonheur qu’une bonne comédie peut simplement avoir pour ambition de nous faire passer une excellente soirée, tout en glissant au passage quelques vérités bien senties.

À la Folie Théâtre, cette nouvelle version offre donc une jolie occasion de redécouvrir un classique de la comédie contemporaine. Drôle, vive, élégante et parfois délicieusement grinçante, la pièce joue avec nos nerfs autant qu’avec nos zygomatiques.

Finalement, le véritable jeu n’est peut-être pas celui des personnages.

C’est celui que les auteurs proposent au public : regarder ces couples, ces amis, ces secrets… et se demander combien de temps, nous aussi, nous pourrions garder les nôtres.

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