« Fallait pas les inviter » :
quand un simple dîner entre voisins dérape avec bonheur

@FRANCOIS-FONTY-FALLAIT-PAS-LES-INVITER-BD6

Par Stanislas pour Carré Or TV

Une comédie déjantée !

 

Il y a des invitations que l’on accepte avec enthousiasme… et d’autres que l’on finit par regretter. Au Théâtre Tristan Bernard, « Fallait pas les inviter » transforme un banal dîner entre voisins en une véritable machine à déraper. Écrite par Fanny Gurunlian et mise en scène par Nicolas Briançon, cette nouvelle comédie, portée par François Vincentelli, Olivier Claverie, Andy Cocq et Aude Thirion, joue avec nos petites hypocrisies, nos maladresses et cette fameuse volonté de toujours donner de soi une image irréprochable. Et le résultat est particulièrement réjouissant.

 

Un dîner qui commence sous les meilleurs auspices

 

Au départ, rien de bien extraordinaire. Patrick et Michel reçoivent pour la première fois leurs voisins du dessus. Le genre de soirée où l’on soigne la présentation, où l’on choisit ses mots et où chacun tente de faire bonne impression.

Mais au théâtre, chacun sait qu’un dîner qui commence trop poliment cache généralement quelque chose…

Très rapidement, les conventions commencent à se fissurer. Les conversations deviennent moins anodines, les tensions apparaissent et les personnages dévoilent progressivement leurs travers. Ce qui devait être une soirée conviviale prend alors une direction beaucoup moins maîtrisée.

Et c’est précisément là que la mécanique comique fonctionne.

Fanny Gurunlian ne se contente pas d’enchaîner les bons mots. Elle construit progressivement une situation qui permet aux personnages de perdre le contrôle. Les névroses familiales, les rivalités de voisinage et le besoin de paraître sous son meilleur jour deviennent autant de petites bombes à retardement.

 

Une comédie qui sait prendre son temps

 

L’une des bonnes idées du spectacle est de ne pas chercher immédiatement le rire à tout prix.

La soirée commence presque tranquillement. On observe les personnages, leurs rapports, leurs petites manies. Quelques sourires apparaissent, puis les rires deviennent progressivement plus francs. La situation se dérègle par petites touches avant de basculer franchement dans l’absurde.

Cette montée en puissance a été particulièrement relevée par plusieurs spectateurs dans leurs premiers retours : certains évoquent une pièce qui démarre doucement avant de prendre une tournure beaucoup plus folle, avec une fin inattendue.

C’est aussi ce qui donne au spectacle son efficacité : on ne sait jamais exactement jusqu’où cette soirée va aller.

 

Quatre comédiens qui jouent collectif

 

Pour qu’une comédie de ce genre fonctionne, il faut surtout une distribution capable de jouer ensemble. Et c’est ici l’un des grands plaisirs de la soirée.

François Vincentelli, Olivier Claverie, Andy Cocq et Aude Thirion forment un quatuor particulièrement bien assorti. Chacun apporte sa personnalité, son rythme et son énergie, sans jamais donner l’impression de jouer isolément.

François Vincentelli trouve naturellement sa place dans cette mécanique où le contrôle apparent finit par se fissurer. Olivier Claverie apporte une belle précision comique, tandis qu’Andy Cocq se distingue par une présence particulièrement expressive. Aude Thirion complète efficacement ce quatuor avec une interprétation qui participe pleinement au crescendo général.

La réussite tient surtout à l’écoute entre les quatre acteurs. Une réplique appelle une réaction, un regard suffit parfois à provoquer le rire et les silences deviennent eux-mêmes des éléments comiques.

La comédie repose donc autant sur le texte que sur le jeu.

@FRANCOIS-FONTY-FALLAIT-PAS-LES-INVITER-BD15

Nicolas Briançon orchestre le chaos

 

À la mise en scène, Nicolas Briançon accompagne cette montée progressive vers le chaos sans chercher à surcharger le dispositif.

Le décor de Bastien Forestier installe le cadre rassurant d’un intérieur où tout devrait normalement se dérouler sans encombre. Les costumes de David Belugou, les lumières de Jean-Pascal Pracht et les bruitages de Mathieu Boutel participent eux aussi à cette construction progressive de l’ambiance.

Tout est finalement question de contraste : plus le cadre paraît normal, plus ce qui s’y déroule devient savoureux.

Le metteur en scène a d’ailleurs défini la pièce comme une « comédie de l’effondrement », un effondrement à la fois intime, social et familial. Une manière assez juste de résumer ce que l’on voit progressivement se produire sur scène.

 

Et si le véritable sujet, c’était nous ?

 

Derrière son apparente légèreté, « Fallait pas les inviter » possède également une petite dimension miroir.

Car si l’on rit de ces personnages, c’est aussi parce que leurs travers nous sont familiers. Qui n’a jamais voulu faire bonne impression auprès de nouveaux voisins ? Qui n’a jamais souri poliment alors qu’il pensait exactement le contraire ? Qui n’a jamais vécu un repas au cours duquel une conversation anodine a soudain pris une tournure inattendue ?

La pièce s’amuse de ces situations ordinaires pour les pousser jusqu’à l’absurde.

Et c’est probablement là que réside son charme : on rit des personnages, mais parfois avec le sentiment de reconnaître quelque chose de nous-mêmes.

 

Une soirée théâtrale qui tient ses promesses

 

Présentée actuellement au Théâtre Tristan Bernard, la pièce est programmée jusqu’au 19 décembre 2026.

Avec « Fallait pas les inviter », le Théâtre Tristan Bernard propose une comédie accessible, rythmée et suffisamment décalée pour offrir une vraie parenthèse de détente.

Ce que l’on apprécie surtout, c’est cette capacité à partir d’une situation extrêmement banale pour l’emmener progressivement vers quelque chose de beaucoup plus déjanté. Les comédiens s’en donnent à cœur joie, la mise en scène accompagne efficacement le mouvement et les surprises permettent de conserver jusqu’au bout cette sensation de ne pas savoir exactement où l’on va.

Une chose est certaine : après avoir vu cette pièce, on regardera peut-être ses prochains dîners entre voisins avec un peu plus de méfiance…

Et finalement, le titre avait raison : il ne fallait peut-être vraiment pas les inviter !

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*