Madeleine Béjart, une femme libre au Théâtre le Lucernaire

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Par Marie-Christine pour Carré Or TV

Sublime !

 

Parmi les grandes oubliées de l’histoire, et elles sont nombreuses !

Madeleine Béjart en fait indéniablement partie.

Il était temps de réhabiliter, plus de trois siècles après sa mort, celle qui fut la Compagne, la Muse, la Metteuse en scène, l’inspiratrice et l’Auteure des pièces attribuées exclusivement à Molière alors qu’elles ont été écrites à deux mains.

Une hypothèse qui ne fait cependant pas l’unanimité parmi les historiens.
Pierre-Olivier Scotto, comédien, auteur dramatique, présente actuellement au Lucernaire : « Madeleine Béjart, Une Femme Libre »

En 2021, ce même auteur nous a séduit avec sa pièce : « Là-bas, de l’autre côté de l’eau »

Le trio demeure puisque Xavier Lemaire assure toujours la mise en scène et, à ses côtés, la talentueuse comédienne : Isabelle Andréani.

Une actrice que nous retrouvons avec plaisir depuis plusieurs années sur la scène du Théâtre de Poche dans « Un cœur simple », d’après Gustave Flaubert.

Seule en scène, Isabelle Andréani nous fait partager les sept derniers jours de l’existence de Madeleine Béjart.

 

Entrons dans son intimité !

 

Un grand fauteuil rappelant celui du « Malade imaginaire », une grosse malle car Madeleine est une artiste itinérante et puis le célèbre buste de Molière signé Houdon.

En costume de scène, sortant d’une ultime répétition, Madeleine Béjart narre avec son franc-parler ce que fut sa vie jusqu’à ce jour.

 

En voix off : Lundi 11 février 1672

 

Madeleine a 54 ans, malade, elle tousse de plus en plus et ses quintes de toux répétées ont eu raison de sa carrière : elle ne pourra plus jamais jouer, sa vie de comédienne vient de s’achever.

À contrecœur et bien qu’elle n’ait aucune confiance en la médecine, elle avale avec dégoût une potion que lui a recommandée son médecin.

 

« C’est effroyable, la douceur du lait d’ânesse et l’aigreur de l’urine. »

 

Madeleine raconte alors sa vie. Ses origines, une mère tenant une échoppe de lingerie, une femme travailleuse, ayant le sens des affaires.

Un père huissier des eaux et forêts, un homme faible ayant pour vices : la chopine et le jeu !

Sa mère se sépare de cet incapable.

Madeleine Béjart a sans aucun doute bénéficié des gènes de la branche maternelle et des conseils avisés de son grand-père maternel.

Sachant lire et écrire à dix ans, elle refuse de se marier à quinze, mais découvre néanmoins les plaisirs de la chair et se déclare dès lors épicurienne !

Elle multiplie les aventures galantes et, étant très très proche de Georges de Scudéry, poète et auteur de pièces de théâtre, elle accède aux salons littéraires des femmes lettrées surnommées Les Précieuses.

Elle saura s’en souvenir quelques années plus tard pour l’écriture des Précieuses ridicules.

Déjà à cette époque, elle constate que sa mémoire est excellente, lui permettant de retenir un texte après une première lecture. Cette faculté va lui servir tout au long de sa carrière, pouvant remplacer au pied levé un camarade défaillant.

Après Scudéry, Madeleine devient la courtisane d’Amadis de Modène, lui-même marié à une femme de trente ans son aînée.

Deux enfants vont naître de cette relation, un seul survit, c’est une fille prénommée Armande.

C’est la propre mère de Madeleine qui la déclare à la mairie comme étant sa fille, elle porte ainsi le nom de Béjart.

Madeleine la place en nourrice, mais n’a pas été sans doute une mère aimante et attentive.

Lorsqu’elle rencontre Jean-Baptiste Poquelin, fils du tapissier du roi, c’est le coup de foudre.

Madeleine va tout apprendre à ce jeune homme : l’amour, la vie et le théâtre.
Il renonce à prendre la succession paternelle et veut devenir comédien.

Or Jean-Baptiste ne s’avère pas un très bon interprète.

Orgueilleux, il accepte difficilement les critiques.

La troupe formée alors porte le nom de « L’Illustre Théâtre » !

Malheureusement, c’est un échec cuisant.

La faillite est prononcée et Jean-Baptiste est conduit à la prison du Châtelet.
Grâce aux relations de Madeleine, elle convainc Charles Dufresne de les engager dans la troupe du Duc d’Épernon et, durant douze années d’itinérance, Madeleine et Jean-Baptiste commencent à écrire à deux mains leurs premières pièces : « L’Étourdi », « Le Dépit amoureux ».

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« Les mots couraient sur le papier comme du lierre sur les murs. »

 

C’est ainsi que Madeleine Béjart trouve à Jean-Baptiste Poquelin le patronyme de Molière.

Le personnage de la soubrette, de la servante devient alors un rôle prépondérant où Madeleine Béjart excelle. La comédie de mœurs est née et Madeleine connaît le succès.

Pendant tout ce temps, sa fille Armande, qui, bien que ne portant pas le nom célèbre de Modène, a bénéficié de la générosité de ce dernier et a reçu une solide instruction.

Armande a aussi la passion du théâtre, elle veut non seulement devenir comédienne et épouser Molière !

La vie de Madeleine Béjart prend alors un tournant dramatique car elle vit sous le même toit du couple Molière et Armande.

Nous arrivons au terme de cette confession et avoue : « La vie d’une femme est un océan de secrets. »

 

En voix off : 17 février 1672

 

Madeleine va quitter ce bas monde. Ultime prière d’une comédienne à Dieu car au XVIIe siècle les comédiens sont excommuniés et ne peuvent être enterrés en terre chrétienne.

Molière meurt un an après jour pour jour.

Complices dans la vie durant trente ans, ils le seront également dans la mort.

Madeleine a façonné tel un sculpteur Jean-Baptiste Poquelin, sans cette dernière il ne serait sans doute pas devenu l’illustre Molière.

Pour rythmer chaque jour de cette dernière semaine, la mise en scène a opté pour des extraits de musique baroque et, chaque jour passant, Madeleine ôte peu à peu les artifices vestimentaires de la comédienne pour redevenir une simple femme.

Durant 1h15, Isabelle Andréani porte ce destin avec une intensité remarquable.

Sa diction, sa présence et ses changements de tons font apparaître une Madeleine Béjart dans toute sa complexité : femme de caractère, il va sans dire, audacieuse, amante, mère imparfaite et partenaire de création avec un homme que l’histoire a hissé à la plus haute marche de la langue française.

Isabelle Andréani joue avec une telle sincérité, une telle émotion qui ne font pas néanmoins étouffer le rire…

Cette femme pleine de vie, libre et féministe avant l’heure est aussi excessivement drôle.

Une fois encore, nous restons bluffés par le talent de cette comédienne.

Oui, Isabelle Andréani ne joue pas Madeleine Béjart, elle la ressuscite !

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