
Par Stanislas pour Carré Or TV
Jeanne d’Arc n’a jamais été aussi drôle !
Et si Jeanne d’Arc n’avait jamais entendu de voix ? Et si, au lieu de recevoir des messages célestes, la jeune bergère de Domrémy avait été guidée… par des chansons ? C’est sur cette idée aussi absurde que réjouissante qu’Arthur Jugnot construit « Tout Feu Tout Flamme », une comédie musicale qui transforme l’un des épisodes les plus connus de l’Histoire de France en un spectacle déjanté, musical et délicieusement irrévérencieux.
À l’affiche de la Comédie de Paris depuis le 26 août, le spectacle entend bien mettre le feu à la rentrée théâtrale. Et il y parvient avec une arme redoutablement efficace : le plaisir du jeu.
Une Jeanne d’Arc pas tout à fait comme les autres
Tout le monde connaît, au moins dans ses grandes lignes, le destin de Jeanne d’Arc. La bergère lorraine, Charles VII, les Anglais, Orléans, le procès et le bûcher constituent un matériau historique tellement familier qu’il pouvait sembler difficile d’en tirer encore de la nouveauté.
C’était sans compter sur l’imagination d’Arthur Jugnot.
Avec « Tout Feu Tout Flamme », l’histoire est volontairement déplacée vers le terrain de la parodie. Les grands événements sont conservés, mais leur traitement est totalement décalé. La jeune Jeanne devient une héroïne de comédie musicale, tandis que les célèbres voix qu’elle aurait entendues dans la tradition historique se transforment ici en véritables impulsions musicales.
Le pari est risqué. Il aurait pu conduire à une simple succession de plaisanteries autour d’un personnage historique. Il produit au contraire un spectacle étonnamment cohérent, qui sait utiliser l’absurde comme moteur narratif.
La presse spécialisée a d’ailleurs relevé cette capacité du spectacle à conjuguer humour, chant, danse et références historiques. Plusieurs critiques soulignent également la qualité des chansons et l’efficacité des chorégraphies.
Une mécanique comique parfaitement huilée
La grande réussite de « Tout Feu Tout Flamme » tient à son rythme. Les cinq artistes présents sur scène ne s’accordent pratiquement aucun répit : ils jouent, chantent, dansent et changent de personnage avec une énergie impressionnante.
La distribution réunit Zoé Bidaud, Pierre Bénézit, Victor Bourigault, Djamel Mehnane et Sara Sousa, dans une partition qui exige de chacun une véritable polyvalence.
Zoé Bidaud s’impose naturellement dans le rôle de Jeanne d’Arc, avec une interprétation qui ne se contente pas de caricaturer l’héroïne. Derrière la fantaisie, elle laisse apparaître une femme déterminée, courageuse et profondément libre. Cette dimension donne au personnage une épaisseur bienvenue.
Face à elle, Pierre Bénézit compose un Charles VII particulièrement savoureux. Les personnages secondaires permettent eux aussi aux autres membres de la troupe de multiplier les situations burlesques et les ruptures de ton.
L’ensemble fonctionne comme une véritable troupe de cabaret : chacun joue pour lui-même, mais surtout pour le collectif.
L’esprit des grandes comédies musicales parodiques
La filiation avec les grandes comédies musicales humoristiques est assumée. On pense évidemment à l’esprit de « Spamalot » ou des « Producteurs », deux références régulièrement évoquées à propos du spectacle.
Mais « Tout Feu Tout Flamme » ne cherche pas à reproduire ces modèles. Il en reprend plutôt l’ADN : le goût du détournement, les anachronismes, les ruptures de ton, les chansons qui arrivent là où on ne les attend pas et cette manière de faire participer le public à une joyeuse folie collective.
Les claquettes, les chorégraphies et les morceaux originaux signés Romain Trouillet contribuent largement à cette identité. La musique ne constitue pas un simple habillage : elle fait avancer l’action et participe directement au comique.
La chorégraphie de Zoé Bidaud apporte, elle aussi, une vraie dynamique au spectacle, tandis que la scénographie de Juliette Azzopardi et Jean-Benoît Thibaud exploite intelligemment les possibilités d’un théâtre à taille humaine.

Derrière le rire, une héroïne qui retrouve sa modernité
C’est peut-être là que le spectacle devient plus intéressant qu’une simple comédie potache.
Sous ses airs de joyeux délire, « Tout Feu Tout Flamme » propose aussi une autre lecture de Jeanne d’Arc. La jeune femme apparaît comme quelqu’un qui ose suivre ses convictions malgré les moqueries, les résistances et les rapports de domination.
Plusieurs critiques ont ainsi relevé la présence, derrière l’humour, d’une réflexion sur la place des femmes et sur la liberté de croire en ses idées.
Le spectacle ne transforme évidemment pas la scène en cours d’histoire. Ce n’est pas son ambition. Il préfère jouer avec notre mémoire collective pour mieux nous surprendre. Et cette liberté de ton permet finalement de redécouvrir un personnage que l’on croyait connaître.
Un spectacle qui fait du bien
Dans une rentrée théâtrale où les propositions peuvent parfois se montrer très sérieuses, « Tout Feu Tout Flamme »revendique le droit au divertissement.
Et quel divertissement !
Pendant environ 1 h 20, la troupe enchaîne les tableaux avec une générosité communicative. Les premiers retours du public et de la presse témoignent d’ailleurs d’un accueil particulièrement chaleureux, plusieurs spectateurs mettant en avant l’énergie des artistes, la qualité du chant et de la danse ainsi que l’efficacité de l’humour.
On ressort de la salle avec cette sensation devenue rare : celle d’avoir véritablement passé un bon moment.
« Tout Feu Tout Flamme » n’a pas la prétention de révolutionner la comédie musicale. Il fait quelque chose de plus simple et peut-être de plus précieux : il donne envie de rire, de chanter et de partager un moment collectif.
Arthur Jugnot réussit ainsi son pari : transformer Jeanne d’Arc en héroïne de music-hall sans jamais perdre complètement de vue ce qui fait la force de son personnage.
Une Jeanne d’Arc en chansons, des claquettes, des anachronismes, une troupe survoltée et une bonne dose d’absurde : le mélange pouvait sembler improbable.
Il est surtout terriblement efficace.
À voir pour rire, pour la performance des cinq artistes et pour retrouver, le temps d’une soirée, ce plaisir très simple du théâtre : celui d’une salle qui rit ensemble.
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