Mémoires d’une jeune fille rangée
au théâtre de Poche de Montparnasse

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Par Marie-Christine pour Carré Or TV

Caroline Silhol fait revivre Beauvoir

 

Après avoir publié en 1949 l’ouvrage fondateur du féminisme moderne, Le Deuxième Sexe, dans lequel elle dénonce la culture patriarcale judéo-chrétienne enfermant les femmes dans des rôles imposés, Simone de Beauvoir mène un combat sans relâche pour l’égalité entre les sexes. C’est dans cet essai qu’elle formule sa célèbre phrase devenue emblématique : « On ne naît pas femme, on le devient. »

À l’approche de la cinquantaine, l’écrivaine entreprend un tout autre exercice : celui de raconter sa propre histoire. Avec Mémoires d’une jeune fille rangée, elle revient sur les vingt et une premières années de son existence, de sa naissance en 1908 jusqu’à sa réussite à l’agrégation de philosophie.

Le ton est radicalement différent de celui du Deuxième Sexe. Plus intime, plus sensible, Simone de Beauvoir évoque avec une grande simplicité son enfance, ses parents, sa sœur Hélène, surnommée « Poupette », ses années au Cours Désir, son amitié avec Élisabeth Lacoin, dite Zaza, ses études à la Sorbonne et, bien sûr, sa rencontre décisive avec celui qui deviendra son alter ego : Jean-Paul Sartre.

Ce premier volume autobiographique sera suivi de La Force de l’âge, puis de La Force des choses.

 

Une lecture habitée par Caroline Silhol

 

Quel bonheur de retrouver Caroline Silhol, qui nous avait déjà profondément émus l’an dernier au Théâtre de Poche Montparnasse dans Scarlett O’Hara, la dernière conférence de presse de Vivien Leigh.

Avec la même élégance, la même finesse et cette espièglerie qui la caractérise, la comédienne imagine et interprète une lecture scénique de ce premier volet autobiographique. Son timbre de voix, plus doux que celui de Simone de Beauvoir, apporte une musicalité qui sert admirablement le texte.
La mise en scène, sobre et précise, est signée Anne Bourgeois, tandis que les lumières d’Yves Angelo accompagnent avec délicatesse cette plongée dans les souvenirs de l’écrivaine.

 

La naissance d’une femme libre

 

Le style de Simone de Beauvoir est d’une remarquable limpidité. Sans jamais chercher à se ménager, elle raconte la construction progressive de son identité.

Avec une sincérité désarmante, elle évoque son enfance bourgeoise, son adolescence, son désir de s’émanciper des conventions familiales et religieuses. L’un des passages les plus marquants reste celui où elle annonce à sa mère, élevée au Couvent des Oiseaux, qu’elle ne croit plus en Dieu.

Nous assistons alors à une véritable métamorphose : celle d’une jeune femme qui cherche à devenir pleinement elle-même, affranchie de toute influence et décidée à tracer sa propre route.

C’est sur les bancs de la Sorbonne qu’elle rencontre un étudiant au physique peu avantageux mais doté d’une intelligence exceptionnelle : Jean-Paul Sartre. Entre eux naît une complicité intellectuelle hors du commun qui ne se démentira jamais.

Une vocation d’écrivaine

 

Au fil des années, celle qui se décrit elle-même comme une « oie blanche » sent naître en elle une immense soif de liberté.

Si elle souhaite devenir enseignante afin d’assurer son indépendance financière, une autre ambition l’habite depuis toujours : écrire.

Cette vocation apparaît très tôt. Deux personnes marquent profondément son adolescence : son amie Zaza, qu’elle admire passionnément, et son cousin Jacques, dont elle tombe amoureuse. À ses yeux, ce dernier incarne le héros romantique du Grand Meaulnes.

Reçue deuxième à l’oral de l’agrégation de philosophie, derrière un certain Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir refuse pourtant de se définir uniquement comme philosophe. Avant tout, elle veut être écrivaine.

Son talent sera finalement consacré en 1954 lorsque Les Mandarins recevra le prestigieux prix Goncourt.

Libre dans ses pensées, ses engagements, sa parole et son écriture, Simone de Beauvoir n’a cessé d’explorer de nouvelles formes d’expression. Avec cette autobiographie, elle choisit de dévoiler une part plus intime d’elle-même.

 

Une interprétation lumineuse

 

Grâce au talent de Caroline Silhol, ces pages prennent une dimension profondément humaine. La comédienne nous fait redécouvrir les premières années de cette immense figure de la littérature française avec une sensibilité et une justesse remarquables.

Cette lecture nous ouvre les portes de l’intimité de Simone de Beauvoir, depuis son enfance jusqu’à son émancipation intellectuelle et personnelle.
Une belle soirée de théâtre, aussi émouvante qu’inspirante, à découvrir au Théâtre de Poche Montparnasse.

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