Madame de Sévigné reprend vie
au Théâtre de Poche Montparnasse

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Par Marie-Christine pour Carré Or TV

Le charme intemporel de Madame de Sévigné

 

À l’occasion du 400ᵉ anniversaire de la naissance de Marie de Rabutin-Chantal, plus connue sous le nom de Madame de Sévigné, le Théâtre de Poche Montparnasse propose un spectacle aussi élégant qu’instructif.

Parmi les milliers de lettres laissées par la célèbre épistolière, Sébastien Lapaque en a sélectionné quelques-unes, confiées à la lecture de la remarquable Béatrice Agenin, dont l’interprétation sensible et raffinée redonne toute leur modernité à ces textes vieux de plus de trois siècles.

Fille unique devenue orpheline très jeune, Marie de Rabutin-Chantal épouse à seulement 18 ans le marquis Henri de Sévigné. Veuve à 25 ans et mère de deux jeunes enfants, Françoise et Charles, elle hérite d’un important patrimoine foncier qui lui assure une confortable indépendance financière. Cette disparition tragique de son époux, si douloureuse soit-elle, lui offre également une liberté nouvelle.

Elle quitte alors la Bretagne, terre de son mari, pour s’installer à Paris, à l’Hôtel Carnavalet, dans le quartier du Marais. Curieuse de tout, elle fréquente les célèbres salons des « Précieuses », où se retrouvent les plus grands esprits de son époque. Elle y côtoie notamment Madame de Scudéry, Madame de La Fayette, auteure de La Princesse de Clèves avec la complicité de La Rochefoucauld, ainsi que Fouquet, le cardinal de Retz, Turenne, Corneille ou encore Blaise Pascal. Sans appartenir à la cour de Louis XIV, elle évolue au cœur de la vie intellectuelle du Grand Siècle.

Le tournant de son existence survient le 4 février 1671, lorsque sa fille Françoise-Marguerite rejoint en Provence son époux, le comte François Adhémar de Monteil, comte de Grignan et gouverneur de Provence. Cette séparation est un véritable déchirement. L’amour maternel que Madame de Sévigné porte à sa fille est sans limite.

Pendant près de vingt-cinq ans, elle lui adresse plus de 900 lettres, auxquelles sa fille répond, certes, mais avec une régularité moindre. Cette correspondance devient le fil conducteur de sa vie et constitue aujourd’hui l’un des plus précieux témoignages du XVIIᵉ siècle.

À trois reprises, Madame de Sévigné entreprend le long et pénible voyage en carrosse entre Paris et le château de Grignan. Même sur les routes, elle ne cesse d’écrire. Avec une plume vive et imagée, elle décrit les paysages traversés, s’émerveille parfois, s’agace souvent. Elle trouve tout excessif en Provence : le bleu des lavandes, la violence du mistral qu’elle appelle « la bise », ou encore les traversées du Rhône en barque, qui l’inquiètent tant pour sa propre sécurité que pour celle de sa fille.

Ses lettres deviennent une chronique incomparable de la vie quotidienne. Rien n’échappe à son regard : les événements politiques, les anecdotes mondaines, les portraits parfois mordants de ses contemporains, les modes, les scandales ou les petits faits de société.

Si Madame de Sévigné n’a jamais eu l’ambition d’être publiée ni d’écrire des romans, son style littéraire est aujourd’hui reconnu comme l’un des plus brillants de son époque. Tantôt drôle, ironique, piquante, émouvante ou mélancolique, sa plume sait tout exprimer avec une élégance remarquable.

Certaines de ses lettres étonnent encore par leur modernité. Ainsi, lors de l’épidémie de peste qui frappe Paris en avril 1687, elle écrit à sa fille : « Je vous envoie deux drôles de masques ; c’est la grande mode, tout le monde en porte à Versailles. C’est un joli air de propreté qui empêche de se contaminer… »

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Une réflexion qui ne manque pas de faire sourire aujourd’hui.

On découvre également qu’au XVIIᵉ siècle, le service postal fonctionnait avec une étonnante efficacité, permettant aux nouvelles d’arriver suffisamment rapidement pour conserver toute leur actualité.

Sur scène, Béatrice Agenin est une Madame de Sévigné bouleversante de naturel. Assise à son bureau, une longue plume à la main, elle donne vie aux mots de cette femme qui trouve dans l’écriture une véritable thérapie pour supporter l’éloignement de sa fille.

Entre chaque lecture, Sébastien Lapaque intervient avec finesse pour dresser le portrait d’une femme étonnamment moderne : féministe avant l’heure, attentive à l’hygiène, passionnée par les plantes médicinales, recommandant infusions de queues de cerises ou eau de lin. Elle n’hésite même pas à conseiller avec franchise son gendre afin qu’il ménage davantage sa fille, rappelant qu’au XVIIᵉ siècle, de nombreuses femmes perdaient la vie en couches.

Ce dialogue entre le conteur et la comédienne permet de redécouvrir toute la richesse humaine et littéraire de cette figure incontournable de notre patrimoine.

Un spectacle délicat, intelligent et profondément touchant, à découvrir sans hésiter au Théâtre de Poche Montparnasse.

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