
Par Marie-Christine pour Carré Or TV
Un chef-d’œuvre magnifiquement porté à la scène
L’unique roman d’Alain-Fournier paraît à la veille de la Première Guerre mondiale.
Il reçoit un accueil très favorable du public et son auteur manque de peu le Prix Goncourt.
L’écrivain s’est largement inspiré de sa propre histoire. L’action se déroule dans le Cher, à Sainte-Agathe, où Alain-Fournier est né. Comme François Seurel dans le roman, il est l’élève de ses parents, tous deux instituteurs.
Le Grand Meaulnes se prénomme Augustin, comme le père de l’auteur, tandis qu’Yvonne de Galais ressemble à s’y méprendre à la jeune Yvonne dont Alain-Fournier tombe éperdument amoureux. Hélas, celle-ci est déjà fiancée. Cet amour impossible deviendra la source d’inspiration de ce premier roman, profondément romanesque.
Une adaptation remarquable
Nous retrouvons Emmanuel Besnault, que l’on a récemment applaudi au Lucernaire comme metteur en scène et comédien dans Les Fourberies de Scapin ainsi que dans la célèbre pièce de Labiche, Un Chapeau de paille d’Italie.
Avec Le Grand Meaulnes, il signe l’adaptation, la scénographie et livre un seul-en-scène d’une rare intensité.
Le rêve d’un amour perdu
L’histoire est celle du premier amour d’Augustin Meaulnes, âgé de dix-sept ans, qui passera des années à rechercher le chemin menant au mystérieux domaine où il fit la connaissance d’une jeune fille d’une beauté saisissante.
Après quelques mots et quelques regards échangés avec Yvonne de Galais, celle-ci disparaît comme dans un rêve. Un rêve qui ne cessera de le hanter.
Impossible de ne pas penser au célèbre poème de Baudelaire :« Un éclair… puis la nuit ! Fugitive beauté, dont le regard m’a fait soudainement renaître, ne te verrai-je plus que dans l’éternité ? »
François Seurel, témoin d’une aventure initiatique
Emmanuel Besnault incarne François Seurel, narrateur de cette histoire.
Âgé de quinze ans, François voit arriver un beau matin Augustin Meaulnes dans l’école de Sainte-Agathe, dirigée par ses parents. Unique pensionnaire, Augustin partage bientôt sa chambre et devient rapidement une sorte de grand frère.
La vie paisible de François en est bouleversée.
Le Grand Meaulnes est un adolescent fascinant, indépendant, rêveur, parfois insaisissable. Les autres élèves l’admirent aussitôt tant il semble différent.
Entre merveilleux et réalité
Le roman prend des allures de conte initiatique.
Alain-Fournier nous entraîne dans un univers presque fantastique : un domaine perdu au milieu des bois, des personnages costumés, une étrange fête de fiançailles interrompue par l’absence de la fiancée… avant le retour brutal au monde réel.
À partir de cet instant, la vie d’Augustin n’a plus la même saveur. Il lui faut retrouver ce domaine afin de revoir Yvonne.
Sa quête le conduit jusqu’à Paris où il pense que sa bien-aimée, désormais mariée semble-t-il, réside dans un appartement. Chaque soir, il revient sous ses fenêtres dans l’espoir d’apercevoir celle qui a bouleversé son existence.
Mais Augustin n’est pas le seul personnage prisonnier de la nostalgie. Frantz, le frère d’Yvonne, peine lui aussi à quitter l’adolescence et demeure enfermé dans ses souvenirs.

Une mise en scène poétique
Les paysages de Sologne sont évoqués avec une infinie délicatesse.
Nous sommes plongés dans un récit où se mêlent le merveilleux, l’amour, l’amitié, les déchirements et la tragédie.
Adapter un monument de la littérature française n’est jamais chose aisée.
Pourtant, en seulement 1 h 10, Emmanuel Besnault réussit le pari de restituer toute la poésie du roman tout en nous replongeant dans notre propre adolescence.
Tout au long du spectacle, des voix enregistrées dialoguent avec le narrateur tandis que les œuvres de Debussy, Ravel et Messiaen enveloppent cette histoire d’une émotion supplémentaire.
Sur scène, malles, vieilles valises et objets hétéroclites semblent avoir été abandonnés dans le grenier du domaine des Sablonnières. C’est là que François Seurel découvre le manuscrit du Grand Meaulnes.
« Je ne reviendrai près d’Yvonne que si je puis ramener avec moi et installer dans la maison de Frantz… Frantz et Valentine mariés. »
Une promesse qui pourrait paraître enfantine, mais qui prend toute sa dimension dans l’esprit d’un jeune homme du début du XXᵉ siècle.
Notre avis : Le Grand Meaulnes demeure l’un des plus beaux romans de la littérature française, celui de la quête de l’idéal, de l’amour absolu et du temps perdu.
Grâce à une adaptation d’une grande intelligence et à l’interprétation habitée d’Emmanuel Besnault, cette œuvre intemporelle retrouve toute sa puissance émotionnelle.
Un spectacle à découvrir absolument.
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