Dépendance affective à l’Apollo Théâtre

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Artiste : 

Tristan Lopin

A l’affiche :

Jusqu’au 29 mars 2019

Lieu :

Apollo Théâtre

18, rue du Faubourg du Temple

75011 PARIS

Réservation en ligne
Réservation en ligne
tristan-lopin

Par Ingmar Bergmann pour Carré Or TV

Une boule d’énergie qui décoiffe !

 

Tristan Lopin est un garçon comme les autres. Il est jeune, quoiqu’il soit déjà à mi-parcours, il est grand, svelte, élancé, il sait s’habiller à la mode actuelle, il semble cocher toutes les cases, il est à l’aise avec son corps, il sait danser en levant les bras au-dessus de sa tête, il aime les garçons, il est avenant, il est volubile et généreux, il est enthousiaste et fleur-bleue, il a une meilleure amie malheureuse, envahissante et très agaçante, et il ne se remet pas de sa dernière rupture amoureuse, qui s’est produite il y a seulement huit ans.

Pourquoi, malgré les conseils attentionnés de ceux qui les entourent et des amis qui leur veulent du bien mais qui peinent aussi, parfois, à dissimuler leur impatience, certains d’entre nous refusent-ils absolument d’aborder les domaines de l’amour avec détachement ?

Est-il possible d’aimer et de construire des relations stables et durables autrement qu’en s’impliquant émotionnellement ; ou faudrait-il être capable de seulement être sincèrement froid, fin stratège et cyniquement calculateur ?

«  Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle » : est-ce l’urgence de la vie, dans une société narcissique et malade du « jeunisme », qui nous forcerait, aujourd’hui, à ne plus vouloir être capable, jamais, de nous attarder sur personne ? Que s’est-il passé, pour qu’aujourd’hui, nous ne puissions plus mettre en œuvre la leçon de Pierre de Ronsard autrement que de manière hystérique ?

Pourquoi le célèbre « Vivez si m’en croyez n’attendez à demain / Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie » n’est-il plus, aujourd’hui, qu’une injonction à consommer toujours plus vite et toujours plus mal, et croire qu’on s’accomplit lorsqu’en réalité, on se contente seulement de « faire du chiffre » ?

Certains s’y adonnent avec maestria, et on est parfois fasciné de constater effectivement l’aisance et la dextérité avec laquelle ils passent d’une relation à l’autre, « cueillant le jour » à chaque fois avec une personne différente, allant toujours au-devant de conquêtes nouvelles ; mais, et c’est ce qui nous choque le plus et nous fait tant souffrir : en même temps qu’ils ne craignent jamais de remiser, définitivement, sans scrupules et sans regrets, toutes les anciennes comme une collection exponentielle dans un cabinet de curiosités qu’on pourrait remplir à l’infini, tout en rebondissant sans états d’âmes sur la nouvelle opportunité du moment, comme un prestataire, âpre au gain, évoluant d’un client à l’autre.

Vous l’aurez compris : comme certains d’entre nous, Tristan Lopin s’attache et s’éprend durablement, et ne tourne pas le dos facilement à ceux qu’il a aimés. Année après année, génération après génération, en matière de désir et de sentiments, les aspirations et les déceptions des êtres humains semblent afficher une constance qui ne laisse pas de nous interroger.

Pourtant, et c’est l’un des grands intérêts de ce spectacle, par ailleurs léger, très drôle et parfaitement distrayant, grâce à l’enthousiasme, à la générosité et à la virtuosité de son unique artiste, que de nous inviter à rire de nous-même, en même temps que de réaliser l’intemporalité des passions qui nous animent en même temps, encore, que leur accélération et notre impatience qui en découle presque toujours, se plaçant sans le vouloir et très modestement dans une tradition qui brasse de très nombreux auteurs s’exprimant dans les styles les plus variés, qu’il s’agisse de Pierre de Ronsard, de William Shakespeare ou de Françoise Hardy :

« Tous les garçons et les filles de mon âge

« Se promènent dans la rue deux par deux,

« Tous les garçons et les filles de mon âge

« Savent bien ce que c’est d’être heureux,

« Et les yeux dans les yeux, et la main dans la main,

« Ils s’en vont amoureux sans peur du lendemain.

« Oui mais moi, je vais seule par les rues, l’âme en peine,

« Oui mais moi, je vais seule, car personne ne m’aime

Une question s’impose, cependant, à nous : la solitude évoquée par Tristan Lopin serait-elle aussi prégnante, pour lui, s’il était dans la norme dite « hétérosexuelle » de la société ? On repensera notamment aux propos tenus par le sociologue Didier Éribon, dans son célèbre essai intitulé « Retour à Reims », paru à la Librairie Arthème Fayard, à Paris, en 2009, et récemment à l’affiche du Théâtre de la Ville (direction Emmanuel Demarcy-Mota), après avoir été adapté à la Scène par le dramaturge allemand Thomas Ostermeyer, lorsqu’il évoque l’éloignement qui s’instaure, à l’adolescence, entre son frère et lui, une fois qu’il réalise son orientation sexuelle et les implications politiques qui en découlent presque immanquablement : « Nos trajectoires commencèrent alors de diverger. En réalité, cela remontait sans doute loin dans le temps. Bientôt, tout nous distingua, de la manière de nous habiller ou de nous coiffer jusqu’à la manière de parler ou de penser. À quinze ou seize ans, il n’aimait que traîner avec ses copains, jouer au football avec eux, draguer les filles et écouter Johnny Hallyday, alors que je préférais rester à la maison pour lire et que mes goûts se portaient sur les Rolling Stones ou sur Françoise Hardy (dont le « Tous les garçons et les filles de mon âge » semblait avoir été écrit pour évoquer la solitude des gays) ».

À cet égard, on relira aussi, et avec beaucoup de profit, l’article de Michael Hobbes, publié par The Huffington Post Canada, et intitulé « L’épidémie de la solitude gaie », qui a fait date, lors de sa parution, en 2017. En attendant, la salle est pleine et enthousiaste, et les « gays » n’y sont probablement pas les plus nombreux, preuve que c’est un spectacle qui plaira à un très large public, car la solitude est un sujet qui nous intéresse presque tous. Aussi, on ne manquera pas d’aller voir le spectacle de Tristan Lopin avec ses amis, et de le recommander aux jeunes gens qu’on apprécie, qu’ils soient ou non dans la faveur d’Éros.

3 plusieurs commentaires

  1. Quel spectacle !! Une heure à rire presque sans s’arrêter, je n’avais jamais pleuré de rire au théâtre, c’est chose faite. Merci pour cette belle soirée qui met d’excellente humeur.

  2. Je recommande 🙂 A voir absolument ! C’est passé beaucoup trop vite, beaucoup d’énergie, du rire non stop. J’ai adoré, je suis fan ! Merci Tristan.

  3. Une superbe découverte !Grâce à une amie j’ai passé une excellente soirée dans une salle comble . Tristan est juste génial !! J’adore !! Son univers me fait rire et il est tellement avenant avec son public . Je vous le recommande à 200% . Merci Tristan pour ta joie de vivre !!!

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