Signé Dumas au Théâtre de la Bruyère

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Artistes : 

Davy Sardou, Xavier Lemaire et Thomas Sagols

A l’affiche :

Jusqu’au 5 janvier 2019

Lieu :

Théâtre La Bruyère

5, rue Labruyère

75009 PARIS

Réservation en ligne
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Par Ingmar Bergmann pour Carré Or TV

Magistral et émouvant !

 

Ombres et lumières à Monte-Christo.

À l’affiche, en ce moment, au Théâtre La Bruyère, « Signé Dumas » de Cyril Gély et Éric Rouquette, mis en scène par Tristan Petitgirard, avec Davy Sardou, Xavier Lemaire et Thomas Sagols.

La scène se passe au château de Monte-Christo, bonbonnière dispendieuse et temple de la mégalomanie d’Alexandre Dumas, qui s’y réfugie pour fuir la foule de ses admirateurs et de ses créanciers tout en y engloutissant son argent et celui des autres. « Paradoxe et démesure » sont au cœur des brillants échanges entre les protagonistes de cette pièce, et pourraient être aussi les premiers mots de la biographie du grand homme.

Ce spectacle nous offre une esthétique et une dramaturgie qui ne réinventent pas le théâtre, loin s’en faut ; pourtant, le texte, sans être poétique, est assez percutant et nerveux, et les situations représentées ouvrent au Spectateur qui a envie de réfléchir des abîmes philosophiques. Comme n’importe quel projet, les entreprises artistiques et littéraires, sont presque toujours le résultat d’une rencontre et d’une élaboration à plusieurs, qui oblige chaque partie en présence, à se positionner par rapport à ses semblables ; même si la plupart des individus refuse résolument d’admettre que chacun soit de même valeur et de même importance que son voisin.

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«  La raison du plus fort est toujours la meilleure », et les sociétés d’Ancien Régime assumaient pleinement l’inégale répartition des forces et des pouvoirs ; tandis qu’aujourd’hui comme à l’époque d’Alexandre Dumas, les luttes intestines sont désormais souterraines et d’autant plus violentes car beaucoup plus difficiles à contrôler.

Dans ces associations opportunes, les forces se répartissent, des hiérarchies se créent ou se révèlent, les susceptibilités, les jalousies et les rancœurs apparaissent, occultant, le plus souvent, l’apport réel et indispensable de chacun et, par conséquent, ce que Pierre doit à Paul ou à Jacques ou, dans le cadre du spectacle qui nous intéresse : ce qu’Auguste Marquet doit à Alexandre Dumas et, plus inattendu pour le spectateur contemporain : ce qu’Alexandre Dumas doit à Auguste Marquet ; et ces indispensables tributs sont, presque toujours, très soigneusement occultés par ceux que la situation avantage.

Durant ce spectacle, on s’interroge aussi sur qui est l’auteur, qui est l’écrivain, et s’il ne serait pas possible d’être un créateur bicéphale, voire, même : « polycéphale » : ce dernier terme existe-t-il ?

En effet, depuis l’invention du « droit d’auteur », dont il faut se louer par ailleurs, on a fini par oublier qu’il n’existe aucune œuvre qui ne soit pas collective. Même Léonard de Vinci, même Michel-Ange, que l’historiographie du dix-neuvième siècle et ensuite s’est plue à nous montrer comme des artistes maudits, persécutés, le plus souvent incompris et en proie à l’hostilité générale d’une époque qui aurait été, par définition, à la traîne de leur génie, n’étaient pas les ermites de l’art ni les solitaires marginaux que l’on croit, en dépit de cette image de marque dans laquelle on incite, encore aujourd’hui, les « créateurs » à se complaire, qu’ils évoluent dans le domaine de la mode vestimentaire aussi bien que dans celui de l’architecture.

Dans ce spectacle qui ressemble formellement à ces duels entre deux fortes têtes, à la manière du « Souper » de Jean-Claude Briseville (1989), qui ne craint pas de réunir pour un dialogue improbable et imaginaire deux personnalités historiques réelles, auxquelles on prête des intentions vraisemblables mais qu’elles n’ont peut-être jamais eues, on assiste à des olympiades au genre particulier, dont les épreuves serviraient à déterminer qui est le meilleur en mégalomanie, en fatuité, en orgueil, en jalousie, en prétention, en velléité et ainsi de suite.

C’est ainsi que l’on comprend qu’il faut être au moins deux pour faire un Alexandre Dumas ; mais combien faut-il être pour faire un William Shakespeare, un George Gordon Byron, un Johann Wolfgang von Goethe ? Ce sont pourtant autant de penseurs desquels Alexandre Dumas ne craint pas de se réclamer, dont il fait sculpter les portraits, en médaillons, dans les façades de son nouveau château de Monte-Christo, sans oublier de se représenter au milieu d’eux, à la place d’honneur. Une entreprise ruineuse d’un homme qui vit à crédit, celui de ses amis et de ses collaborateurs discrets mais efficaces et, aussi, au crédit de la postérité. En effet, ce spectacle nous apprend aussi que les meilleurs gardiens de sa postérité sont peut-être les travailleurs de l’ombre, qui œuvrent à préserver sa gloire des écueils nombreux, notamment politiques, car la personne publique joue nécessairement un rôle politique, même à son corps défendant, et son audace n’est pas loin, parfois, de ressembler à de l’inconséquence irrémédiable. Certains traits du génie autoproclamé, s’ils viennent à contretemps, ont les mêmes conséquences qu’une pulsion suicidaire.

À qui appartient l’œuvre ? Elle n’appartient pas à ses « créateurs » mais peut-être à son public, et c’est probablement l’idée consensuelle qui réconcilie l’ombre et la lumière, à la fin. On se rendra à ce spectacle en famille et entre amis, afin de passer un moment agréable en même temps que déroutant et propice à la réflexion, et qui nourrira bien des conversations passionnantes, ensuite, conformément à la fonction pluri-séculaire du théâtre, dans notre société occidentale.

3 plusieurs commentaires

  1. Pièce très intéressante qui montre le rapport entre ces deux hommes, et dévoile certaines vérités sur le « grand » Dumas, pas si grand finalement quand on découvre l’homme qui se cache derrière lui. C’est très bien joué.

  2. Piece tres interessante sur les rapports electriques entre deux personnage aussi différents qu’indissociables. C’est très bien fait et excellemment joué par les comédiens qui incarnent parfaitement leurs personnages truculent et généreux pour Dumas et introverti et étriqué pour Maquet. Un bon moment de théâtre.

  3. Deux acteurs excellents qui interprètent avec brio la truculence de Dumas face à la pondération de Maquet. C’est une joute verbale de haut niveau qui nous passionne et nous tient en haleine. Superbe.

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