
Par Stanislas pour Carré Or TV
Barnabé Lambert livre une performance
aussi fragile que bouleversante
Barnabé Lambert incarne avec une intensité rare le trouble adolescent dans cette pièce co-écrite avec Esteban Hupé, actuellement à l’affiche du Théâtre Le Chariot jusqu’au 28 avril 2026.
Il y a des spectacles qui s’emparent de vous dès les premières secondes et ne vous lâchent plus. « La Loi du désir », jouée chaque lundi et mardi soir à 21h00 au Théâtre Le Chariot, dans le 11e arrondissement de Paris, est de ceux-là. Un seul homme sur le plateau, une lumière soigneusement sculptée, une musique qui enveloppe sans jamais écraser et le vertige intime d’un adolescent aux prises avec la question la plus universelle qui soit : celle du désir naissant.
Le pitch est d’une déconcertante simplicité. Un garçon, hanté par la perspective de sa première fois, traverse les méandres d’une adolescence douloureuse, peuplée de personnages loufoques et touchants qui viennent bouleverser cette quête à vif. Mais sous cette apparente légèreté affleure quelque chose de plus grave, de plus contemporain : une interrogation profonde sur la masculinité en pleine mutation, sur les codes qui se fissurent et les injonctions qui s’effondrent. À une époque où la question du genre et du désir masculin est au cœur des débats de société, « La Loi du désir » arrive à point nommé.
Une naissance artistique récompensée
Derrière ce seul-en-scène, une collaboration étroite entre deux jeunes artistes. Barnabé Lambert, qui porte seul le spectacle de bout en bout, a co-écrit la pièce avec Esteban Hupé, qui en assure également la mise en scène. Le texte, fruit d’un travail dramaturgique exigeant, bénéficie du regard extérieur d’Éva Rami, Agnès Proust, Anna Fournier et Mickaël Délis, ainsi que de l’aide à la création de Jeanne Fièvre. La scénographie sonore a été confiée à Manon Josien, dont la conception musicale crée une atmosphère suspendue, tandis que les lumières de Hugo De Pier enveloppent le plateau d’une poésie visuelle sobre et efficace.
Le spectacle n’est pas un inconnu du circuit des festivals. Il a déjà récolté deux distinctions significatives qui témoignent du regard bienveillant et enthousiaste que la profession porte sur cette création : le Prix du Public 2024 du Festival Icart, puis le Prix du Jury 2025 du Festival Écarts. Deux récompenses qui ont contribué à construire l’aura de ce spectacle avant même son installation à Paris, lui conférant une légitimité artistique rare pour une jeune compagnie. La production est assurée par La Porcherie.
Barnabé Lambert, une présence scénique magnétique
Si la pièce tient debout avec autant d’aplomb, c’est avant tout grâce à l’engagement physique et émotionnel de son interprète. Barnabé Lambert possède ce don rare de rendre immédiatement palpable le trouble intérieur de son personnage. Sa façon d’habiter le silence, de laisser le corps parler là où les mots s’épuisent, confère à ce seul-en-scène une densité que l’on ne soupçonnait pas au lever de rideau. Il jongle avec une agilité remarquable entre la comédie parfois franchement désopilante et des instants de vulnérabilité nue qui saisissent la gorge. Coup de cœur du public lors du Festival des Planches de l’ICART 2024, Lambert s’impose ici comme l’une des voix jeunes les plus prometteuses de la scène théâtrale parisienne.
Un sujet universel ancré dans le présent
Ce qui frappe dans « La Loi du désir », c’est la façon dont la pièce réussit à articuler l’intime et l’universel sans jamais tomber dans le didactisme. Le mal-être adolescent n’est pas présenté comme un cas clinique mais comme une expérience charnelle, tragi-comique, que chacun reconnaît à travers ses propres cicatrices. La masculinité y est abordée sans jugement moralisateur ni posture militante : c’est une exploration sincère, parfois maladroite comme son héros, des contradictions d’un garçon qui cherche sa place dans un monde qui lui envoie des injonctions contradictoires. Le tout en 1h10, une durée idéale qui ne laisse pas le temps à l’ennui de s’installer.
Après sa saison parisienne, « La Loi du désir » s’apprête à conquérir un nouveau public. Le spectacle sera présenté au Festival Off d’Avignon 2026, au Théâtre de la Reine Blanche. Une belle consécration pour cette création qui, de festival en festival, construit patiemment une trajectoire qui ne ressemble à aucune autre. Nul doute que les festivaliers avignonnais seront au rendez-vous
Carré Or TV Toute l'actualité des spectacles