Les Aventuriers de Minuit
Quand Jules Verne et Conan Doyle partent à l’aventure

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Par Stanislas pour Carré Or TV

Une belle aventure théâtrale !

 

Et si Jules Verne et Arthur Conan Doyle s’étaient rencontrés pour mener ensemble une véritable enquête criminelle ? C’est le pari aussi réjouissant qu’original des Aventuriers de Minuit, nouvelle création de Julien et Florence Lefebvre, actuellement à l’affiche du Studio Marigny. Après Le Cercle de Whitechapel, Les Voyageurs du Crime et L’Heure des Assassins, la troupe du Renard Argenté poursuit son exploration d’un théâtre où le policier, l’aventure, l’humour et les personnages historiques se mêlent avec gourmandise.

Nous sommes en 1893. Arthur Conan Doyle s’apprête à se débarrasser de son personnage devenu encombrant : Sherlock Holmes. Mais alors qu’il songe à mettre un terme aux aventures de son célèbre détective, une jeune femme vient lui demander de l’aide. Son frère est accusé d’un crime qu’il affirme ne pas avoir commis. Doyle, plutôt réticent, va finalement se laisser entraîner dans cette mystérieuse affaire.

C’est à ce moment qu’entre en scène un certain Jules Verne. L’écrivain français, qui rêve de vivre lui-même les aventures qu’il fait vivre à ses héros, va pousser Conan Doyle à quitter son confort pour partir à la recherche de la vérité. Et voilà nos deux écrivains embarqués dans une enquête qui les conduira des docks londoniens aux terres plus mystérieuses de la frontière écossaise.

 

Deux écrivains, un duo qui fonctionne

 

L’une des grandes réussites du spectacle réside évidemment dans cette rencontre improbable entre deux géants de la littérature populaire. D’un côté, Arthur Conan Doyle, écrivain plutôt pragmatique, attaché à ses habitudes et quelque peu dépassé par les événements. De l’autre, Jules Verne, enthousiaste, curieux, avide de découvertes et manifestement décidé à vivre enfin sa propre aventure.

Le contraste entre les deux personnages nourrit une grande partie de l’humour de la pièce. Leurs tempéraments opposés permettent aux auteurs de jouer sur les dialogues, les situations et les réactions de chacun face aux péripéties qui s’enchaînent.

Ludovic Laroche campe un Arthur Conan Doyle convaincant, tandis que Pierre-Arnaud Juin compose un Jules Verne particulièrement savoureux. Leur complicité scénique constitue l’un des moteurs de cette aventure. Plusieurs premiers retours de spectateurs soulignent d’ailleurs la complémentarité du duo et le plaisir de suivre ces deux personnages dans leur périple.

 

Une véritable aventure théâtrale

 

Les auteurs ne se contentent pas de raconter une enquête policière. Ils proposent un véritable voyage. Et c’est probablement là que Les Aventuriers de Minuit se distingue le plus.

L’action change régulièrement de décor et nous entraîne dans différents univers. Londres, les docks, les tavernes, les paysages écossais… La mise en scène exploite intelligemment la vidéo et la projection pour accompagner ces changements d’atmosphère. Les éléments physiques du décor restent présents, tandis que les images permettent d’élargir considérablement l’espace scénique.

Cette combinaison entre décors, projections, lumières et musique donne à l’ensemble une dimension presque cinématographique. La vidéo de Sébastien Mizermont, les lumières de Franck Ziemba et les musiques d’Hervé Devolder participent ainsi pleinement à la création de cette atmosphère de roman d’aventures.

On passe d’un lieu à l’autre avec une fluidité qui évite au spectacle de s’enfermer dans un décor unique. Le spectateur est véritablement invité à voyager.

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Du mystère, du suspense… et surtout de l’humour

 

Si l’intrigue repose sur une enquête et plusieurs énigmes, Les Aventuriers de Minuit ne cherche jamais à être un thriller sombre. L’humour est omniprésent et vient régulièrement désamorcer la tension.

Les personnages secondaires participent largement à cette mécanique. Jeanne Réot, Stéphanie Bassibey, Émilie Cazenave et Nicolas Saint-Georges donnent vie à une galerie de protagonistes qui viennent perturber, chacun à leur manière, la progression de nos deux enquêteurs improvisés.

Émilie Cazenave se distingue notamment par sa capacité à passer d’un personnage à l’autre avec beaucoup d’énergie. Cette distribution, composée de six comédiens, doit ainsi assurer une multitude de rôles et de situations. Un exercice qui exige rythme et précision, et qui contribue largement à la dynamique de l’ensemble.

 

Une mécanique théâtrale bien huilée

 

Ce qui frappe également, c’est le rythme. La pièce dure environ une heure trente et ne laisse guère le temps à l’intrigue de s’installer dans une quelconque monotonie. Les événements s’enchaînent, les personnages apparaissent, les pistes se multiplient et les situations viennent régulièrement relancer l’enquête.

Julien et Florence Lefebvre connaissent manifestement les codes de la comédie policière. Leur écriture joue avec les conventions du genre tout en conservant une vraie dimension populaire. On retrouve les ingrédients attendus : mystère, fausses pistes, personnages suspects, révélations et rebondissements, auxquels viennent s’ajouter une bonne dose d’humour et une véritable envie de raconter une histoire.

La mise en scène d’Élie Rapp et Ludovic Laroche accompagne cette mécanique sans chercher à la surcharger. Le recours aux projections permet notamment de donner de l’ampleur à cette histoire qui multiplie les lieux et les déplacements.

 

Une pièce accessible même sans connaître les précédentes

 

Bonne nouvelle pour les spectateurs qui découvriraient la troupe du Renard Argenté avec cette nouvelle production : il n’est absolument pas nécessaire d’avoir vu Le Cercle de Whitechapel, Les Voyageurs du Crime ou L’Heure des Assassinspour entrer dans l’histoire.

Même si le spectacle s’inscrit dans une continuité artistique, l’intrigue est parfaitement autonome. On peut donc découvrir Jules Verne, Arthur Conan Doyle et cette nouvelle aventure sans aucun prérequis.

Et c’est peut-être là l’une des qualités essentielles des Aventuriers de Minuit : le spectacle ne cherche pas à impressionner à tout prix. Il veut avant tout raconter une histoire, divertir, faire sourire et emmener le public ailleurs.
Un spectacle qui porte bien son nom

Avec Les Aventuriers de Minuit, le Studio Marigny accueille donc une comédie policière généreuse, rythmée et visuellement ambitieuse. Le spectacle réussit surtout son mélange des genres : une pincée de roman policier, une bonne dose d’aventure, quelques frissons, beaucoup d’humour et deux figures littéraires particulièrement bien choisies.

La rencontre entre Jules Verne et Arthur Conan Doyle est une excellente idée dramaturgique. Elle permet aux auteurs de jouer avec l’imaginaire collectif tout en inventant une aventure totalement nouvelle.

On ressort de cette escapade avec l’impression d’avoir tourné les pages d’un vieux roman d’aventures, tout en ayant assisté à une comédie contemporaine. Les Aventuriers de Minuit est un spectacle qui ne demande qu’une chose à son public : accepter de monter à bord et de se laisser embarquer.

Et, une fois les premières énigmes posées, il devient difficile de ne pas avoir envie de connaître la suite.

Au Studio Marigny, Paris 8e. Le spectacle est actuellement à l’affiche et la billetterie officielle du Théâtre Marigny annonce des représentations jusqu’au 30 décembre 2026.

Extrait vidéo

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