
Par Stanislas pour Carré Or TV
Magnétique et dérangeant !
Au Théâtre de la Renaissance, Isabelle Carré et Bernard Campan illuminent une comédie romantique d’une délicatesse rare.
Depuis le 18 septembre, le Théâtre de la Renaissance accueille « Un pas de côté », une comédie qui fait souffler un vent de tendresse sur la scène parisienne. Signée Anne Giafferi et portée par le duo étincelant formé par Isabelle Carré et Bernard Campan, cette pièce conquiert le public par sa simplicité apparente et sa profondeur émotionnelle. Dans une saison théâtrale souvent marquée par la recherche de l’innovation à tout prix, cette création assume pleinement son classicisme pour mieux toucher au cœur.
Un banc, deux solitudes qui se rencontrent
Aux premiers jours du printemps, Catherine et Vincent font connaissance en déjeunant sur le même banc public. Tous deux mariés, ils prennent l’habitude de s’y retrouver, de parler, de rire, de se confier l’un à l’autre. Ce qui commence comme une simple coïncidence devient rapidement un rendez-vous régulier, une bulle d’oxygène dans leurs quotidiens respectifs.
Pour Vincent qui redoute l’arrivée de la vieillesse et Catherine qui soutient un compagnon dépressif, ces rencontres sont une bouffée de fraîcheur et de charme. Le banc public se transforme peu à peu en un territoire à part, un espace de liberté où ils peuvent être simplement eux-mêmes, loin des attentes et des contraintes conjugales. Mais cette parenthèse enchanteresse peut-elle durer ? Et surtout, jusqu’où sont-ils prêts à aller quand on est bien installé dans sa vie ?
La force de la pièce réside dans sa capacité à explorer ces zones grises de l’existence, ces moments où l’on se pose des questions sans nécessairement chercher à tout bouleverser. Lassitude, ennui, désillusion, envie de changement, peur du changement… La liste des possibles déceptions maritales est longue, et Anne Giafferi les aborde avec une justesse qui résonne chez chacun.
Anne Giafferi : l’écriture du quotidien sublime
De retour au théâtre après le triomphe de « La Dégustation », Anne Giafferi confirme son talent pour capter l’essence des relations humaines. Réalisatrice et scénariste reconnue, notamment pour la série culte «Ne fais pas ci, fais pas ça », elle apporte à la scène son sens aigu de l’observation et sa capacité à transformer le banal en poésie.
L’auteure ne cherche ni à renouveler le genre, ni à en faire trop. Comme si elle voulait juste capturer quelques moments de vie, une interaction entre deux êtres, ces petits riens qui deviennent beaucoup. Cette modestie assumée devient paradoxalement la plus grande force de la pièce. À l’heure où le théâtre contemporain multiplie souvent les artifices et les effets de style, « Un pas de côté » mise sur l’authenticité et l’émotion pure.
L’écriture de Giafferi se distingue par sa finesse psychologique. Les dialogues sonnent juste, sans jamais verser dans le cliché ou la facilité. Les silences y ont autant d’importance que les mots, et c’est dans ces non-dits que se joue toute l’ambiguïté de la relation entre Catherine et Vincent. La dramaturge parvient à maintenir un équilibre délicat entre légèreté et gravité, humour et émotion, jamais là où on l’attend.
Le duo Carré-Campan : une alchimie évidente
Si la pièce touche autant, c’est avant tout grâce à ses deux interprètes principaux. L’immense complicité entre les deux comédiens – qui sont amis dans la vie – n’est plus à prouver. Que ce soit sur scène ou derrière la caméra, Isabelle Carré et Bernard Campan sont décidément faits l’un pour l’autre.
Isabelle Carré apporte cette fraîcheur et cette spontanéité que tout le monde s’arrache, aussi bien au théâtre qu’au cinéma. Son Catherine vibre d’une vulnérabilité touchante, oscillant entre le désir de nouveauté et la peur de perdre ses repères. La comédienne excelle dans ces rôles en demi-teinte, où l’émotion affleure sans jamais déborder. Certains spectateurs du premier rang ont même pu voir les larmes d’Isabelle, témoignage de son engagement total dans le personnage.
Bernard Campan navigue à merveille entre rire et émotion, dévoilant son côté tendre, et s’amusant de lui-même avec un plaisir évident. Son Vincent est à la fois drôle et touchant, un homme face à ses angoisses existentielles qui refuse de se prendre trop au sérieux. L’acteur confirme une fois de plus sa capacité à incarner des personnages complexes avec une apparente simplicité.
À leur côté, Hélène Babu, l’épouse pleine d’humour de Vincent, et Stanislas Stanic, le mari dépressif de Catherine, sont de parfaits conjoints. Ces seconds rôles apportent profondeur et nuance au récit, rappelant que derrière chaque échappée se trouvent des êtres de chair et de sang, avec leurs propres fragilités.

Une mise en scène au service de l’intime
Anne Giafferi signe également la mise en scène de sa pièce, assistée de Kelly Gowry. La scénographie inventive d’Alain Lagarde, entre décor de jardin et cloisons coulissantes, permet d’évoluer du banc public aux appartements avec fluidité. Cette alternance entre espace public et espaces privés illustre parfaitement la double vie que mènent les protagonistes.
Les éclairages de Christian Dudet et les costumes de Cécile Magnan contribuent à créer une atmosphère à la fois réaliste et poétique. Chaque détail est pensé pour servir le propos sans jamais s’imposer. La mise en scène privilégie l’épure et la concentration sur les acteurs, laissant toute sa place à la force des mots et des regards.
Le rythme de la pièce est parfaitement maîtrisé. Anne Giafferi sait ménager des temps de respiration, des moments de pure comédie suivis d’instants plus graves. Cette alternance maintient l’attention du spectateur tout en permettant une véritable profondeur émotionnelle.
L’accueil du public : un succès unanime
Depuis sa première en septembre, « Un pas de côté » connaît un accueil enthousiaste. Les spectateurs parlent d’un moment délicieux, plein de délicatesse, de tendresse et de charme. Les retours soulignent le jeu d’acteurs merveilleux et le duo parfait et harmonieux formé par Isabelle Carré et Bernard Campan, au point que le temps passe sans qu’on s’en rende compte.
Cette réception chaleureuse s’explique par la capacité de la pièce à parler à chacun. Qui n’a jamais été tenté par une parenthèse, une échappée belle, un moment volé à la routine ? Qui n’a jamais ressenti ce mélange de culpabilité et d’excitation face à une rencontre inattendue ? Par petites touches, avec légèreté, deux destins se croisent, deux grands comédiens ravissent et nous parlent de nous.
Certains spectateurs trouvent le propos un peu conventionnel, mais c’est précisément cette apparente simplicité qui fait mouche. Dans un monde saturé de propositions artistiques cherchant à choquer ou à se démarquer à tout prix, « Un pas de côté » assume son classicisme avec élégance.
« Un pas de côté » s’impose comme l’une des belles surprises théâtrales de cette rentrée. Anne Giafferi signe une comédie romantique qui prouve que le genre a encore beaucoup à offrir quand il est porté par des artistes sincères. Isabelle Carré et Bernard Campan offrent au public ce qu’il attend d’eux : de l’authenticité, de l’émotion et cette grâce légère qui fait tant de bien. Une parenthèse enchantée à ne pas manquer.
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