
Par Marie-Christine pour Carré Or TV
Grandes Dames !
Le 26 novembre 1974, Simone Veil monte au perchoir de l’Assemblée nationale pour défendre son projet de loi visant la dépénalisation de l’avortement. Elle fait face à une assemblée quasi exclusivement masculine : 490 députés, dont 481 hommes et seulement 9 femmes. Après de longs débats et des critiques virulentes, notamment de la droite conservatrice, la loi Veil est finalement adoptée le 17 janvier 1975.
Il fallut à Simone Veil un courage extraordinaire pour affronter les menaces et les invectives, y compris des attaques antisméites. Cinquante ans plus tard, en mars 2024, la liberté pour toute femme de recourir à l’avortement est inscrite dans la Constitution française, un hommage poignant à son combat. Simone Veil, l’une des figures politiques les plus marquantes du XXᵉme siècle, demeure une source d’inspiration.
Ministre de la Santé sous Jacques Chirac, première présidente du Parlement européen sous Valéry Giscard d’Estaing, puis Académicienne, Simone Veil a consacré sa vie publique au service des Français et des Européens. Derrière cette carrière brillante se cache toutefois une femme, une épouse, une adolescente, une enfant dont l’histoire personnelle reste méconnue.
Avec la pièce Simone en aparté, Arnaud Aubert, directeur du Tanit Théâtre, s’efforce de dévoiler l’intimité de cette grande dame. Pour incarner cette femme éprise de liberté et d’égalité, aux convictions inébranlables, il a fait appel à Sophie Caritté. Admirable dans son rôle, la comédienne parvient à retranscrire l’élégance naturelle, l’autorité innée et l’éloquence de Simone Veil. Ses costumes sobres – tailleurs classiques, collier de perles, coiffure impeccable – évoquent une femme au maintien soigné, inspirant respect et admiration. Mais derrière cette allure austère se cache une femme qui, comme tant d’autres, a aimé et souffert.
La pièce commence au pays d’Auge, où Simone Veil aimait se ressourcer, loin de ses responsabilités officielles. Elle revit alors son enfance à Nice, entourée de ses parents, de sa sœur et de son frère. Une scène marquante relate une insulte antisémite lancée par une camarade d’école : « Ta mère brûlera en enfer ». Pourtant, la famille Jacob, peu pratiquante, était attachée à la laïcité. En ces années 40, la haine antisémite montait cependant en France. Contraints de vivre sous de faux papiers, les Jacob deviennent les Jacquier. Simone termine seule sa scolarité et, soutenue par ses camarades, passe son baccalauréat sous son vrai nom : Simone Jacob.
Arrêtée par la Gestapo le lendemain de ses examens, elle est d’abord enfermée à l’Hôtel Excelsior, puis déportée avec sa mère et sa sœur à Drancy, avant d’être transportée à Auschwitz-Birkenau dans des wagons à bestiaux. La comédienne, bouleversante, raconte les horreurs des camps : la faim, le froid, les humiliations, le typhus, la vermine. Le numéro tatoué sur son bras, 78651, ne s’effacera jamais.
Lorsque les nazis ouvrent les camps en 1945, les survivants – décharnés et épuisés – peinent à reprendre une vie normale. Simone Veil, elle, refuse de se laisser abattre. De retour en France, elle reprend ses études, se marie en 1946 avec Antoine Veil et devient magistrate, se consacrant notamment au sort des prisonniers.

Sa carrière politique l’amène à devenir la première femme ministre titulaire, sous Jacques Chirac. En 1993, alors ministre de la Santé et de la Ville, elle lance les préservatifs à un franc, organise un sommet sur le SIDA et fait de l’autisme une priorité nationale. Pendant 1 h 20, Sophie Caritté se mue en Simone Veil. La ressemblance est saisissante, tant par l’apparence que par la détermination à défendre des causes qui lui tiennent à cœur.
Simone Veil est avant tout une humaniste. Son courage et son caractère bien trempé lui ont permis de concrétiser de grandes avancées pour les femmes, les malades, les prisonniers et l’Europe. Admise en mars 2010 à l’Académie française, Jean d’Ormesson l’accueille ainsi : « Madame, vous êtes courageuse, et les Français aiment le courage. Nous vous aimons, Madame. »
En 2018, un an après sa disparition, Simone Veil entre au Panthéon en tant que messagère de la paix.
La pièce d’Arnaud Aubert est une œuvre magistrale, un moment de théâtre inoubliable. La mise en scène subtile, jouant sur la lumière et l’ombre, reflète les moments clés de cette vie hors du commun. Sophie Caritté livre une performance remarquable, émouvante et inspirante. Une pièce à voir absolument au Studio Hébertot, jusqu’au 15 janvier 2025.
Carré Or TV Toute l'actualité des spectacles