
Par Marie-Christine pour Carré Or TV
Une plongée intense dans la Révolution,
où l’humanité finit par reprendre ses droits !
Adaptation et mise en scène de Marion Bierry
Il fallait une véritable passion pour les œuvres classiques, mais aussi toute l’audace de Marion Bierry, pour adapter au théâtre le dernier et volumineux roman de Victor Hugo, écrit en exil à Guernesey, « Quatre-vingt-treize », paru en 1874.
Cette adaptation est l’aboutissement d’une longue maturation portée par Marion Bierry depuis des années.
S’attaquer à une telle œuvre est déjà en soi une véritable gageure, mais la présenter sur la scène du Petit Montparnasse, avec ses nombreux personnages et, de surcroît, ses scènes de bataille, relève du défi.
Bravo Marion Bierry !
Comme le théâtre est une affaire de famille, nous retrouvons sur scène des proches de Marion Bierry.
Dans le rôle de Michelle Fléchard, de Robespierre et d’un aubergiste : Pamela Ravassard, qui joue en alternance avec Marine Montaut.
Benjamin Boyer campe le sergent Radoub, Marat et un capitaine blanc.
Stéphane Bierry n’est autre que le Marquis de Lantenac.
Thomas Cousseau joue en alternance avec Julien Rochefort le personnage de Cimourdain, le commandant de la corvette et le mendiant.
Alexandre Bierry interprète le neveu du marquis de Lantenac, Gauvain.
Enfin, Mathurin Voltz est tour à tour Danton, un capitaine blanc et le Capitaine Guéchamp.
Une troupe très soudée de six comédiens se partage une multitude de personnages, avec une virtuosité et une rapidité impressionnantes.
En cette année 1793, la Terreur règne sur la France, la Révolution bat son plein et l’on assiste à une véritable guerre civile entre Français.
Les uns se battent pour la République : ce sont les Bleus. Les autres restent fidèles aux valeurs de la Monarchie, tels que les Vendéens : ce sont les Blancs.
Au milieu de cette violence et de ces luttes sans merci, il y a des hommes et des femmes sans véritable conviction politique car, avant toute chose, ils doivent survivre !
Le personnage de Michelle Fléchard est particulièrement poignant.
Cette simple paysanne, dont le mari a été tué, erre dans la forêt avec ses trois enfants en bas âge.
Toutes ces rivalités, toutes ces tueries la dépassent totalement.
Pour nourrir ses enfants, elle devient cantonnière du bataillon des Bonnets-Rouges.
À travers elle, Victor Hugo montre combien, pour de nombreux Français de 1793, être « Blanc » ou « Bleu » n’a pas de véritable signification politique.

Trois figures centrales dominent le récit
Le Marquis de Lantenac, aristocrate et royaliste, est déterminé à donner sa vie pour la monarchie.
Son neveu Gauvain, aristocrate de naissance, défend au contraire les idées de la Révolution et ses valeurs d’égalité et de liberté.
Cimourdain, ancien prêtre, a été le précepteur de Gauvain, mais depuis, il est devenu un révolutionnaire convaincu, d’une extrême rigueur.
Pour ce dernier : La République et sa loi sont des valeurs sur lesquelles on ne transige pas.
À noter également le rôle du sergent Radoub, homme du peuple rallié aux idées de la Révolution.
Avec son franc-parler et son bon sens populaire, ce personnage reste empreint d’une grande humanité et donne une forme de respiration à un récit dominé par la violence.
Nous assistons à une histoire d’hommes aux convictions politiques radicalement opposées, mais qui arrivent néanmoins à dépasser leurs certitudes lorsque la vie de jeunes enfants est en jeu.
Bien que Victor Hugo adhère aux idées de la Révolution, il ne prend parti ni pour les Blancs, ni pour les Bleus, chacun ayant sa part de grandeur.
La mise en scène de Marion Bierry a opté pour un décor épuré, avec de simples panneaux peints par la talentueuse Marguerite Danguy Des Déserts.
Les très beaux costumes d’époque ont été réalisés par Nora Scheidl, et Stéphane Balny signe les lumières de cette pièce historique.
Longue vie à ce spectacle où les hommes sont confrontés à des choix dépassant leurs propres convictions et où l’humanité reprend ses droits.
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