
Par Stanislas pour Carré Or TV
Une comédie vive et généreuse !
Et si le plus grand danger, pour une troupe de théâtre, n’était finalement pas de rater sa représentation… mais de ne jamais parvenir à la commencer ? C’est tout le sel de « Ceci n’est pas un Feydeau », la nouvelle comédie d’Arnaud Patron, présentée au Théâtre Clavel par la compagnie Faits d’Art Scénique. Une pièce qui revendique l’héritage du vaudeville tout en prenant un malin plaisir à en détourner les codes.
À quelques heures de la première, tout devrait être parfaitement réglé. Les comédiens doivent se concentrer sur leur rôle, le spectacle doit pouvoir commencer et cette représentation représente pour la troupe une occasion importante de se faire une place dans le milieu théâtral. Mais, comme souvent dans l’univers du vaudeville, rien ne va se dérouler comme prévu. Larcins, adultères, dettes de jeu, secrets et mensonges vont progressivement transformer les coulisses en véritable champ de bataille.
Le premier mérite de la pièce est justement de ne pas chercher à imiter mécaniquement Feydeau. « Ceci n’est pas un Feydeau » porte d’ailleurs très bien son titre. On y retrouve les ingrédients qui ont fait les grandes heures du vaudeville : quiproquos, portes qui pourraient claquer, personnages dépassés par les événements et situations qui s’emballent. Mais Arnaud Patron les utilise pour construire une comédie contemporaine, qui joue autant avec les codes du genre qu’avec ceux du théâtre lui-même.
Cette dimension de théâtre dans le théâtre apporte une véritable fraîcheur à l’ensemble. Le spectateur devient presque le témoin privilégié de ce qui devrait normalement rester invisible : les coulisses, les tensions, les petits secrets et les imprévus qui précèdent l’entrée en scène. Une manière ludique de rappeler que derrière chaque représentation se cachent des comédiens, leurs personnalités et leurs propres histoires.
La mise en scène accompagne efficacement cette mécanique. L’univers visuel mêle l’esthétique bourgeoise du XIXᵉ siècle à des éléments plus contemporains, voire futuristes, avec notamment une ambiance steampunk faite de métal, de rouages et de transparences. Une horloge vient également rappeler l’urgence : le temps passe et la première approche inexorablement.

Sur scène, les six comédiens : Étienne Audibert, Stéphane Deleau, Sophie Jolis, Arnaud Patron, Mathilde Serre et Edouard Sibé forment une troupe particulièrement adaptée à cet exercice. La pièce leur permet de passer rapidement d’une situation à l’autre et de jouer sur plusieurs registres comiques : comédie de situation, comédie de langage et gags visuels.
Ce qui séduit surtout, c’est le rythme. Pendant environ 1h15, la mécanique s’accélère progressivement et les problèmes semblent s’empiler avec une délicieuse mauvaise foi théâtrale. Chaque tentative pour remettre un peu d’ordre dans le chaos paraît susceptible de provoquer une nouvelle catastrophe.
Avec « Ceci n’est pas un Feydeau », Arnaud Patron signe ainsi une comédie accessible, vive et généreuse, qui rend hommage au vaudeville sans jamais se laisser enfermer dans ses conventions. Une pièce qui devrait séduire les amateurs de Feydeau, mais aussi ceux qui souhaitent simplement passer une soirée au théâtre sous le signe du rire.
Et finalement, la question reste entière : y aura-t-il vraiment un Feydeau ce soir ? Pour le savoir, il faudra pousser les portes du Théâtre Clavel.
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