
Par Marie-Christine pour Carré Or TV
Un duel amoureux drôle et grinçant !
Après un premier essai intitulé Physiologie du Mariage, publié anonymement et qui fit grand bruit au sein de la bourgeoisie bien-pensante du XIXᵉ siècle, Honoré de Balzac signe, quinze ans plus tard, en 1846, Les Petites Misères de la Vie Conjugale. Véritable pamphlet contre l’institution du mariage, l’ouvrage s’inscrit dans la continuité de la Comédie Humaine. L’auteur, qui a longtemps préféré sa liberté au mariage, vantait haut et fort les mérites du célibat.
Pierre-Olivier Mornas, que l’on a vu récemment dans L’Île des Esclaves et, au Théâtre de Poche, dans Gargantua, a redécouvert avec enthousiasme Les Petites Misères de la Vie Conjugale. Séduit par sa relecture, il en a proposé une adaptation théâtrale, enrichie d’extraits de La Physiologie du Mariage. Scénariste, metteur en scène et comédien, il partage la scène avec la jeune et pétillante Alice d’Arceaux.
Durant 1h15, les deux interprètes incarnent Caroline et Adolphe, mariés pour le meilleur et pour le pire, selon la formule consacrée. Farouche défenseur du célibat, Balzac s’amuse à faire vivre à ce couple bourgeois des saynètes de la vie quotidienne. « S’aimer toujours, n’est-ce pas la plus téméraire des entreprises ? » s’interroge-t-il. L’ivresse des premiers jours s’efface vite, et l’on retrouve nos deux personnages après un an, puis deux, puis trois ans de mariage…
Les comédiens passent tour à tour du rôle de narrateurs à celui d’époux. Ainsi, Pierre-Olivier Mornas, sous les traits d’Adolphe, n’hésite pas à revêtir une perruque de magistrat, Code civil en main, pour rappeler certaines lois encadrant le mariage. Fidèle à son art de la satire, Balzac met en lumière la lassitude qui s’installe dans la vie de couple : migraines à répétition, dépenses excessives pour de somptueuses toilettes, ingérence de la belle-mère, éducation des enfants… Pour l’auteur, la femme constitue un véritable danger pour l’homme : « De même que la chrysalide royale, elle passera du velu de la bête à la férocité de la pourpre impériale. »

Balzac, fin observateur de la bourgeoisie de la Monarchie de Juillet, déploie son ironie mordante, souvent dirigée contre la gent féminine. Caroline, figure de la femme bourgeoise du XIXᵉ siècle, apparaît comme futile, bavarde, maladroite en société, désœuvrée et dépendante financièrement de son mari. Ce désœuvrement mène à l’ennui, qui engendre mélancolie, dépression, puis jalousie. Et que fait donc son époux durant toutes ces longues heures loin du foyer ? Si la jalousie n’est pas exclusivement féminine, Balzac en fait pourtant ici un vice réservé aux femmes.
Le duo formé par Pierre-Olivier Mornas et Alice d’Arceaux mène la pièce tambour battant. Les situations s’enchaînent avec vivacité. Derrière un paravent, la comédienne change de costumes en un clin d’œil, chacun plus seyant que le précédent. Grâce à la magie du théâtre, le public se retrouve complice de ce couple en crise, témoin privilégié d’une véritable guerre des sexes.
Si l’épilogue ne choque plus les spectateurs d’aujourd’hui, nul doute qu’il a pu faire grincer bien des dents dans les salons bourgeois du XIXᵉ siècle.
Allez découvrir cette pépite signée par l’un des plus grands auteurs français : vous passerez une excellente soirée !
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