
Par Stanislas pour Carré Or TV
Pure joie, évasion totale !
Après un triomphe au tournant des années 2010, la comédie cultissime de Sébastien Azzopardi et Sacha Danino s’est réinstallée au Théâtre de la Gaîté Rive Gauche. Entre humour déjanté, énergie débordante et anachronismes savoureux, ce spectacle burlesque prouve qu’il n’a rien perdu de sa folie.
Un succès qui fait son comeback
Créée en 2009 au Théâtre Tristan Bernard, Mission Florimont avait marqué les esprits par son humour décalé et sa folie créative. Nommée aux Molières 2010 dans la catégorie Meilleure pièce comique, la pièce avait ensuite fait le tour des théâtres parisiens : le Temple, le Michel, le Splendid, la Comédie de Paris… Une belle tournée pour ce spectacle qui ne ressemble à aucun autre. Après plusieurs années d’absence, le duo Azzopardi-Danino, déjà auteur des succès « Dernier coup de ciseaux » et « L’Embarras du choix », a choisi de ressusciter cette comédie pour la réouverture du Théâtre de la Gaîté Rive Gauche. Une version modernisée et réactualisée qui conserve intacte l’essence du spectacle original.
Une intrigue historique complètement déjantée
1534, François Ier est dans une situation désespérée, acculé de toutes parts par ses ennemis, notamment Charles Quint qui domine l’Europe. Pour sauver son royaume, le roi de France n’a plus qu’un seul espoir : forger une alliance avec Soliman le Magnifique, sultan de l’Empire ottoman. La mission est périlleuse et nécessite d’envoyer un émissaire traverser les territoires ennemis jusqu’à Constantinople. Le problème ? Le roi n’a plus qu’un seul agent disponible : Florimont de la Courneuve, le dernier, mais surtout le moins compétent de ses espions.
C’est donc ce héros improbable, aussi maladroit qu’attachant, qui va devoir affronter mercenaires terrifiants, traîtres espagnols, sortilèges et dangers en tous genres pour accomplir sa mission. Accompagné de Margot, sa compagne de galère au caractère bien trempé, Florimont va nous entraîner dans une épopée rocambolesque où l’Histoire de France côtoie les références les plus contemporaines.
Un feu d’artifice comique
Ne vous attendez pas à une leçon d’histoire académique. Mission Florimont est avant tout une machine à rire qui fonctionne à plein régime. Les auteurs ont opté pour un humour tous azimuts : jeux de mots, contrepèteries, anachronismes assumés, références à la culture pop, au rap, à la politique actuelle… Les vers de Ronsard s’acoquinent avec du verlan, les conflits se règlent à coups de punchlines, et les personnages historiques s’expriment comme des influenceurs du XXIe siècle.
La comparaison avec les Monty Python revient régulièrement dans les critiques, et elle n’est pas usurpée. On retrouve ce même goût de l’absurde poussé à l’extrême, cette liberté totale vis-à-vis des conventions, cette énergie débridée qui ne laisse aucun répit au spectateur. Certains évoquent également l’esprit de troupe du Splendid dans sa grande époque, ou encore l’univers déjanté d’OSS 117, mais en collants.
Une prouesse d’interprétation
Le véritable tour de force du spectacle réside dans sa distribution. Cinq comédiens seulement pour donner vie à pas moins de cinquante personnages ! Un défi que la troupe relève avec brio, enchaînant les transformations express, les changements d’accents, de postures et de costumes dans un tourbillon permanent. Le rythme est effréné, tambour battant, ne laissant aux spectateurs aucun moment de répit entre deux éclats de rire.
Deux distributions se partagent l’affiche en alternance. Parmi eux, Benoît Cauden campe un Florimont tour à tour benêt, charmeur et paniqué, mais toujours juste dans sa naïveté touchante. Déborah Leclercq incarne Margot avec un sens du comique redoutable, oscillant entre la fausse ingénue et la femme de caractère. Sébastien Azzopardi, également metteur en scène, multiplie les métamorphoses brillantes : François Ier mégalomane, espion espagnol fourbe, magistrat ottoman… Pascal Buil et Matthieu Burnel complètent le casting avec une énergie communicative, excellant dans les scènes les plus burlesques.
L’alchimie entre les comédiens est palpable. On sent qu’ils prennent un plaisir immense à jouer ensemble, à improviser parfois, à se lancer des défis. Cette complicité transparaît à chaque instant et se transmet au public, créant une atmosphère de fête partagée.
Une mise en scène inventive
La scénographie de Sébastien Azzopardi fait des merveilles avec des moyens volontairement limités. Les projections vidéo emmènent les spectateurs de château en plaine, de cellule de prison en taverne mal famée, jusqu’à l’exotique Constantinople. Les costumes de Jackie Tadeoni, outranciers à souhait, prolongent le décalage avec humour : collants colorés, accessoires kitsch, tenues bling-bling pour un pape ultra stylé…
La mise en scène joue avec les codes du théâtre de tréteaux, oscillant entre cartoon, farce médiévale et parodie de comédie musicale. Car oui, les comédiens chantent et dansent également, dans des numéros chorégraphiés qui ajoutent encore à l’énergie du spectacle. On y croise même la tête et la croupe d’un cheval en polystyrène, utilisées avec une ingéniosité réjouissante.
Tout est millimétré, chorégraphié, dans une dynamique frénétique qui transforme cette comédie historique en véritable grand huit théâtral. Les lumières, les effets sonores, la musique d’Hervé Devolder : chaque élément technique contribue à créer ce chaos maîtrisé qui fait mouche à chaque instant.

Un public conquis
Depuis sa reprise en juin 2025, Mission Florimont remporte un franc succès auprès du public parisien. Les spectateurs sortent ravis de cette bulle de légèreté et d’insouciance, le visage encore marqué par les fous rires. Sur les plateformes de réservation, les avis enthousiastes se multiplient. Beaucoup soulignent l’énergie débordante de la troupe, le rythme soutenu qui ne faiblit jamais, et cette capacité à enchaîner les gags avec une efficacité redoutable.
Le spectacle fonctionne auprès d’un large public, même si certains notent que l’humour parfois graveleux et les références très contemporaines le destinent davantage aux adolescents et adultes. L’interaction avec la salle, encouragée par les comédiens, participe à l’ambiance festive de la représentation. Les spectateurs deviennent complices de cette folie collective, répondant aux sollicitations, participant aux chansons, applaudissant les exploits des cinq comédiens.
Verdict : une croisade du rire réussie
Mission Florimont est une comédie qui assume pleinement sa nature débridée et loufoque. Elle ne prétend pas révolutionner le théâtre, mais elle accomplit à la perfection ce qu’elle s’était fixé comme objectif : faire rire, encore et encore, sans interruption pendant une heure trente. Dans une période où le monde peut sembler bien morose, ce spectacle offre une parenthèse de pure joie et d’évasion.
Les amateurs d’humour fin et subtil passeront peut-être leur chemin. Mais ceux qui aiment le rire franc, l’absurde débridé, l’énergie communicative et les comédiens qui se donnent sans compter trouveront dans Mission Florimont un concentré de bonheur théâtral. Un spectacle culte qui prouve que certaines recettes comiques ne vieillissent jamais, surtout quand elles sont portées par des artistes passionnés et un texte ciselé de trouvailles.
Florimont de la Courneuve et sa bande ont encore de beaux jours devant eux au Théâtre de la Gaîté Rive Gauche. Et cette fois, la mission est bel et bien accomplie.
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