
Par Marie-Christine pour Carré Or TV
Quand la scène devient un cri contre l’intolérance
Actrice et chanteuse, Marie-Cécile Courilleault exerce également ses talents dans la mise en scène.
Elle nous en fait une nouvelle démonstration avec sa dernière création, actuellement jouée sur la scène du Studio Hébertot : Melting Pot. Une première en France.
L’auteur de cette pièce n’est autre qu’Israel Zangwill, journaliste et romancier d’origine juive, dont la famille a émigré à Londres après les pogroms perpétrés en Russie au début du XXe siècle. Les persécutions envers les Juifs, qui remontent à la nuit des temps, demeurent malheureusement toujours d’actualité, avec une recrudescence depuis 2023.
Zangwill fut avant tout un théoricien du sionisme, membre actif de l’organisation sioniste mondiale fondée en 1905, année du premier Congrès sioniste à Bâle, qui évoquait déjà la possibilité d’un État juif en Palestine. Fort de sa judaïté, il publie en 1908 Melting Pot.
Cette œuvre est connue en France grâce à Charles Péguy, qui souhaitait éveiller les consciences dans un contexte historique troublé : une France divisée par l’affaire Dreyfus, et une Angleterre marquée par le spectre de Jack l’Éventreur.
Sur la scène du Studio Hébertot, neuf comédiens incarnent les neuf personnages clés.
L’action se déroule à New York dans les années 1900.
Vera Revendal, pianiste d’origine aristocratique russe et orthodoxe, a quitté son pays pour des raisons politiques. David Quixano, lui aussi émigré russe mais juif et violoniste prodige, porte les stigmates d’un passé douloureux : en Russie, il a assisté au massacre de ses proches, un souvenir obsédant qui le hante comme un fantôme.
Nous pénétrons dans l’intimité de la famille Quixano, riche de sa culture, de sa musique, de ses chants, de sa langue et de ses traditions religieuses. David a rejoint aux États-Unis son oncle Mendel, professeur de musique, qui avait émigré quelques années plus tôt avec sa vieille mère, ne s’exprimant et ne chantant qu’en yiddish.
Sous le même toit vit Katleen, la bonne irlandaise au franc-parler. Elle supporte mal les traditions juives – les bougies, le shabbat… – mais peu à peu, elle s’imprègne de cet univers et finit par devenir une « juive de cœur », le yiddish en moins.

Quant à Vera, fille du baron Revendal, elle entretient certaines relations en Amérique. Elle organise une rencontre avec un millionnaire à la tête d’un orchestre dirigé par le grand Papel Meister, d’origine allemande. Séduit par les compositions de David, ce dernier reconnaît en lui un immense talent. Mais la rencontre avec le millionnaire tourne mal : attiré par Vera, l’homme d’affaires renvoie Papel Meister et décide de s’allier avec le baron Revendal, nouvellement remarié et tristement connu pour son antisémitisme.
La pièce prend alors une tournure dramatique. L’antisémitisme traverse l’Atlantique et ressurgit brutalement : le fantôme qui hante David prend corps en la personne même du baron Revendal, le bourreau responsable de la mort de sa famille.
Son amour pour Vera pourra-t-il survivre à une telle révélation ?
Les enfants doivent-ils porter le poids des atrocités commises par leurs parents ou leurs aïeux ?
L’antisémitisme est-il une fatalité, une malédiction héréditaire ?
Vera, elle-même, a refusé de cautionner un régime oppressif. En choisissant l’Amérique, pays qui se veut terre de démocratie, elle défend l’idée qu’il est possible de vivre librement sa culture et sa religion, dans le respect de l’autre.
Melting Pot apparaît alors comme un espoir porté par les hommes de bonne volonté : un hymne à la paix et à la fraternité, une invitation à bâtir un monde meilleur.
À découvrir absolument : cette pièce méconnue d’Israel Zangwill, mise en scène avec talent par Marie-Cécile Courilleault.
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