
Par Stanislas pour Carré Or TV
Un spectacle piquant qui ne laisse pas indifférent !
Dans la salle intimiste de la Comédie Bastille, le rideau se lève sur un spectacle à la fois audacieux et décomplexé : « Irrézizetible », un one-woman-show (ou plutôt une « one-person-show » incarné par un personnage haut en couleur) porté par Thierry Wilson dans le rôle de Zize Dupanier. Sa mission ? Raconter, avec humour, verve et un accent certain, ce que cela veut dire d’entrer « à plus de cinquante ans » dans la ménopause, tout en ayant le culot de dire : « Je ne vais pas faire la vieille branche qui sèche ! »
Une héroïne piquante et généreuse
Zize est, au départ, un personnage marqué par le Sud, par une gouaille, un accent, un style « marseillais » revendiqué. Le véritable comédien-transformiste Thierry Wilson, ancien élève du Conservatoire de Marseille, lui donne vie avec la complicité d’un public qui rit, applaudit et partage. Dans ce spectacle, l’enjeu est de taille : jouer une femme de cinquante ans (alors que Zize est incarnée par un homme) demande un équilibre subtil entre caricature et vérité, entre farce et sincérité. Wilson le reconnaît lui-même : « Jouer une femme, la chose la plus difficile ».
Le pitch : à plus de 50 ans, Zize découvre les « joies et les petits désagréments de la ménopause ». Son mari l’a quittée pour une jeunette « toute pimpante », son fils vient lui annoncer qu’elle va bientôt être grand-mère… Autant de bombes qui explosent dans une vie qui ne veut pas se laisser ranger.
Le ton est direct, un peu cru parfois, sans filtre, mais toujours avec le sourire. Le spectateur est invité à partager ce moment de libération, à rire à ses dépens mais pas uniquement : à réfléchir aussi un peu, voire beaucoup, sur cette étape de la vie que trop peu de comédies osent montrer.
Une comédie populaire mais soignée
Le décor est sobre : un micro, un tabouret, des lumières simples. L’accent est mis sur le texte, l’écriture, le rythme. Le public, majoritairement adulte à partir de 12 ans selon l’affiche, est à l’aise pour vibrer avec ce personnage sans complexe.
Les retours sont unanimes : « La plus drôle des cagoles !! … on a passé une magnifique soirée ! » ; « nous avons passé un excellent moment. Zize au meilleur de sa forme ! Quel débit ! Quelle maîtrise ! »
La mise en scène est fluide, le phrasé rapide, l’énergie constante. Le personnage interagit avec la salle, alimente l’ambiance et ne laisse guère de temps au public pour souffler. Il y a une volonté de comédie « sans prise de tête », mais avec un souci du craft : écrire « fort », jouer « juste », rendre hommage aux femmes et aux choses de la vie qu’on tait trop souvent.

Un thème inhabituel mais universel
Ce qui distingue Irrézizetible, ce n’est pas seulement la figure de Zize déjantée, odieuse parfois, audacieuse mais le fait de traiter un thème encore tabou dans l’humour grand public : la ménopause, la prise d’âge, la remise en question personnelle et familiale. Zize n’est pas dans la régression, pas dans la nostalgie non plus : elle est dans la reconstruction, la revanche joyeuse, l’affirmation de soi.
Le spectacle questionne aussi la norme : que veut dire vieillir ? Y a-t-il un âge pour rire, pour s’amuser, pour être sexy ou désirée ? Zize montre que l’âge n’est pas une excuse pour se mettre au fond du fauteuil. Le divorce, l’annonce d’être grand-mère, le mari parti avec une plus jeune… autant de motifs pour se moquer, mais aussi pour réfléchir. C’est l’humour populaire au service d’un discours social, sans tomber dans le « message lourd ».
En cela, le spectacle rejoint une tendance récente dans l’humour : aborder l’âge, le genre, la santé, la sexualité avec drôlerie et pertinence.
Si vous cherchez une soirée détente, sans prétention mais pas sans qualité, ce spectacle est un bon choix. C’est aussi une belle sortie entre amis, en couple ou même en solo. L’humour populaire réunit.
« Irrézizetible » est une comédie populaire mais intelligente, un moment de rire garanti qui réussit à surprendre par sa sincérité et sa vitesse d’exécution. Zize incarne une femme qui refuse de s’effacer, qui accepte ses transformations corporelles, familiales et en fait matière à jeu, à rire, à catharsis. Si vous cherchez une soirée qui mêle divertissement et un petit supplément de réflexion sur l’âge, le genre et la vie quotidienne, c’est un choix à envisager. En quittant la salle, on ressort en se disant que vieillir n’a pas à rimer avec se taire, disparaître ou s’excuser : cela peut très bien rimer avec « remuer les eaux », s’amuser, prendre le micro et dire : « Eh ! me regardez ! J’existe toujours. » Zize le fait, avec panache.
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