
Par Marie-Christine pour Carré Or TV
Un duel artistique intense et bouleversant !
Cliff Paillé et David Haziot présentent actuellement au Théâtre du Lucernaire : Gauguin – Van Gogh : deux monstres sacrés de la peinture
Une rencontre et une écriture à quatre mains entre un passionné de théâtre et un historien. David Haziot, récompensé par le prix de l’Académie française pour sa biographie de Van Gogh en 2007, reçoit également le prix Goncourt en 2012 pour Le Roman des Rouart, puis publie en 2017 la biographie de Gauguin.
Deux comédiens de grand talent incarnent ces deux génies de la peinture :
William Mesguich, très connu du grand public et inoubliable dans La Forêt de Sibérie de Sylvain Tesson, pièce jouée au Théâtre de la Huchette, était également présent à Avignon cet été 2025 avec deux spectacles remarquables : Des Fleurs pour Algernon, seul en scène, et Gauguin – Van Gogh avec Alexandre Cattez, que l’on avait déjà pu applaudir sur cette même scène du Lucernaire dans Un soir chez Renoir de Cliff Paillé.
Van Gogh, artiste torturé, est interprété par William Mesguich, tandis qu’Alexandre Cattez prête ses traits à Paul Gauguin. Après plusieurs séjours à la pension de Mme Gloanec à Pont-Aven, fréquentée par ses amis impressionnistes, Gauguin aurait volontiers prolongé son séjour. Mais sa situation financière étant précaire, il accepte, après beaucoup d’hésitations, de se rendre à Arles dans l’atelier du frère de Théo Van Gogh, marchand de tableaux avec lequel il est en relation. En échange d’une petite rente, il accepte de partager l’atelier de Vincent Van Gogh et de réaliser des tableaux. Le 25 octobre 1888, il débarque chez ce dernier.
Van Gogh, grand admirateur de Gauguin, rêve de fonder une communauté de peintres. Il espère que le talent, l’enthousiasme et la fougue de Gauguin attireront d’autres artistes en vue, tels qu’Émile Bernard ou Sérusier. Cette idée le remplit de bonheur ; il semble enfin avoir trouvé un but à son existence. Les couleurs de la Provence font naître une palette d’émotions chez cet artiste tourmenté, en quête de son art. En guise d’accueil, il peint pour Gauguin une quantité de tournesols, transportant son chevalet à l’extérieur pour se fondre dans la belle lumière provençale. Bien sûr, il continue de correspondre avec son frère Théo, ce frère bien-aimé qui le protège, l’encourage et l’entretient.

Durant ces quelques semaines à Arles, la cohabitation n’est pas des plus faciles. Gauguin, certes peintre de talent qui commence à vendre quelques toiles, est l’opposé de Van Gogh : il aime la bonne chère, le vin et les femmes. Tous deux n’apprécient pas les mêmes peintres : Cézanne est pour Gauguin un maître, tandis que Van Gogh le déteste. Marié et père de cinq enfants, Paul Gauguin évoque parfois sa famille, mais ses pensées restent fugaces. Le pauvre Vincent admire le génie de Paul, mais éprouve également de la jalousie. Fragile psychologiquement, il se dévalorise constamment et se considère comme un peintre raté.
Le fait que Gauguin puisse travailler ses toiles à l’atelier, tandis que Van Gogh a sans cesse besoin de modèles vivants et de poser son chevalet en pleine nature, engendre chez lui un sentiment d’infériorité. Cependant, cette proximité artistique les enrichit mutuellement : chacun réalise les Alycamps à sa manière, peignant les mêmes paysages, des femmes en costume régional, mais dans leur registre propre.
Les heurts deviennent de plus en plus fréquents, la promiscuité pesant sur Gauguin. La nervosité, pour ne pas dire la folie de Van Gogh, l’insupporte. Le 26 décembre 1888, Van Gogh menace son ami avec un rasoir, puis se tranche l’oreille. Gauguin claque la porte et ils ne se reverront jamais.
Alexandre Cattez et William Mesguich offrent, pendant 1h40, une véritable performance d’acteurs. Ils donnent tout, et il faut quelques instants au spectateur pour reprendre ses esprits. Un moment de théâtre intense, à ne manquer sous aucun prétexte.
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