Du Charbon dans les veines au Théâtre du Palais Royal

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Par Marie-Christine pour Carré Or TV

Une pièce profondément humaine

qui touche en plein cœur

 

Depuis une dizaine d’années, Jean-Philippe Daguerre compte parmi les auteurs et metteurs en scène les plus récompensés du théâtre français.

Il obtient notamment le Molière en 2018 pour Adieu Monsieur Haffmann, pièce ensuite adaptée au cinéma avec Daniel Auteuil, Sara Giraudeau et Gilles Lellouche dans les rôles principaux.

Cette année, c’est un véritable plébiscite : pas moins de cinq Molières pour sa dernière création, Du Charbon dans les veines.

Comme toujours, Jean-Philippe Daguerre nous entraîne dans une histoire profondément humaine, capable de toucher le spectateur en plein cœur. On se souvient également de deux autres pièces construites sur une trame similaire, jouées au Théâtre Rive Gauche : La Famille Ortiz et Le Petit Coiffeur.

L’auteur plante le décor à Nœux-les-Mines, ville minière du Nord, en 1958.
Nous suivons le quotidien d’une famille de « gueules noires », semblable à tant d’autres.

Simone, la mère, tient un petit bistrot, comme l’avait fait sa propre mère avant elle. C’est une maîtresse femme, au bon sens aiguisé et au parler franc.

Son mari, Sosthène, ancien mineur, ne travaille plus. Grâce à sa pension liée à la silicose, il a pu s’offrir un poste de télévision. À cette époque, rares sont les foyers français équipés : à Nœux-les-Mines, une télévision noir et blanc est un véritable événement. On vient de tout le quartier pour regarder la télé chez Sosthène.

L’année 1958 est aussi celle de la finale de la Coupe du monde de football organisée en Suède. La célébrité locale, Raymond Kopaszewski, dit Raymond Kopa, enfant du pays, fait partie de l’équipe de France.
Sosthène a acheté la télévision pour vivre cette finale entouré de ses amis.

Simone et Sosthène ont perdu un fils alors qu’il était encore enfant. Simone se rend chaque jour au cimetière, mais son mari ne parvient pas à franchir les grilles de ce lieu chargé de douleur.

Il reste Pierre, leur second fils, mineur comme son père et son grand-père.

Durant ses moments de loisir, Pierre joue de l’accordéon avec son ami Vlad. Tous deux font partie de l’orchestre dirigé par Sosthène. Pour ce dernier, la java, c’est toute sa vie.

Vlad, peu bavard mais accordéoniste de talent, compose également de la musique. Passionné de colombophilie, il élève des pigeons voyageurs, rêvant ainsi d’autres horizons.

Il y a aussi l’ami d’enfance de Sosthène, qui n’est autre que le père de Vlad. Ces deux-là ne ratent jamais une occasion de trinquer ensemble dans le bistrot de Simone.

Vous l’aurez compris, ce café est le point de ralliement et d’ancrage de cette grande famille de mineurs accordéonistes.

Il faut également citer le docteur des Mines, celui qui veille sur la santé des gueules noires et qui, en dehors de la médecine, est un passionné de jazz.

Tout ce petit monde évolue sous nos yeux : des gens simples, sans histoires en apparence.

Mine, bistrot, accordéon, amitié, visites médicales, cimetière…

Le tempo des premières scènes est volontairement lent afin de nous immerger dans la vie quotidienne et répétitive des personnages.

Puis le spectacle monte en intensité. L’auteur et metteur en scène n’impose alors aucun temps mort. Les lumières passent du bistrot à la mine, du cabinet médical à la voiture du médecin, puis au fond de la galerie où travaillent Pierre et Vlad, toujours soudés, dans le travail comme dans la musique.

Un jour, Leila, née en France et d’origine marocaine, fait irruption dans cet univers. Elle souhaite intégrer l’orchestre d’accordéonistes.

Une jeune femme, accordéoniste, et d’origine arabe : cela fait beaucoup pour Pierre et son ami. Après une audition concluante, Leila intègre l’orchestre de Sosthène. Pierre et Vlad ne sont pas enchantés, mais force est de constater que la nouvelle venue a du talent… et qu’elle est très charmante.

Avec Leila, l’amour s’invite, et l’amitié des deux copains est mise à l’épreuve.

Pendant ce temps, la santé de Sosthène se détériore. Mais la silicose devra patienter : deux événements majeurs l’attendent encore — la finale de la Coupe du monde et le concours d’accordéon où doivent se produire Pierre, Vlad et Leila.

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Au fil des visites médicales, Sosthène se rapproche du docteur des Mines. Peu à peu, ce dernier fait partie des intimes et assistera lui aussi à la finale de football devant l’unique télévision de Nœux-les-Mines.

Il découvre alors Raymond Kopa, la java… et initie Sosthène au jazz.

Au retour d’un concert, Sosthène s’exclame dans la voiture du médecin :
« Toute ma vie, j’ai eu de la java. Mais pour ma mort, je veux du jazz. »

Avec Du Charbon dans les veines, Jean-Philippe Daguerre raconte la vie de femmes et d’hommes rarement sous les projecteurs, porteurs de valeurs fortes : l’amitié, l’amour du métier, la transmission, le respect des traditions.

De telles pièces font un bien immense aux spectateurs de 2025.

Sur la scène du Théâtre du Palais-Royal, sept comédiens : Jean-Jacques Vanier, Aladin Reibel, Raphaëlle Cambray, Théo Dusoulié, Julien Ratel, Juliette Béhar et Jean-Philippe Daguerre lui-même, dans le rôle du médecin des Mines.

À noter que Raphaëlle Cambray, dans le rôle de Simone, a reçu le Molière de la comédienne dans un second rôle, et que Juliette Béhar a obtenu le Molière de la révélation féminine pour son interprétation de Leila.

Bravo également aux trois jeunes comédiens qui jouent chaque soir de l’accordéon en direct. Cette musique est indéniablement le fil conducteur de la pièce.

Avec Du Charbon dans les veines, le bon sens et l’humour sont au rendez-vous. La pièce rend hommage à des femmes et des hommes rarement mis en lumière. Derrière la pudeur des personnages se dégage une extraordinaire bouffée d’humanité.

Une pièce qui fait un bien fou.Allez applaudir sans tarder cette merveilleuse troupe de comédiens au Théâtre du Palais-Royal.

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