Le Repas des Fauves :
quand l’Occupation révèle les monstres ordinaires

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Par Stanislas pour Carré Or TV

Un spectacle coup de poing

qui révèle la part sombre de chacun

 

Au Théâtre Montmartre Galabru, une nouvelle adaptation de la pièce de Vahé Katcha plonge les spectateurs dans un huis clos étouffant et terriblement humain. Un spectacle coup de poing, à ne pas manquer avant le 17 mai.

Il y a des pièces qui divertissent, et des pièces qui dérangent. Le Repas des Fauves, actuellement à l’affiche du Théâtre Montmartre Galabru, appartient résolument à la seconde catégorie, tout en se révélant, paradoxalement, d’une jubilation constante. Un tour de force.

 

Un anniversaire sous l’Occupation

 

L’histoire se déroule en 1942. Un groupe d’amis se réunit pour célébrer un anniversaire, malgré le couvre-feu et la présence allemande. L’ambiance est presque légère : on trinque, on danse, on s’efforce d’oublier la guerre qui gronde au-dehors. Mais alors que les convives s’enivrent, deux soldats allemands sont abattus sous leurs fenêtres. Le commandant SS Kaubach investit alors les lieux pour y prendre deux otages en rétribution.

La mécanique dramatique se referme alors comme un piège. Une circonstance inattendue surgit pourtant : l’officier reconnaît le maître de maison, Victor, dont il fréquente la librairie. En guise de faveur, et parce que c’est l’anniversaire de sa femme, il leur accorde le sinistre privilège de choisir eux-mêmes les deux personnes qui partiront mourir. La fête d’anniversaire devient alors une arène.

 

L’humain mis à nu

 

C’est là que la pièce, écrite par Vahé Katcha, déploie toute sa puissance. Derrière les amitiés proclamées surgissent les calculs, les lâchetés, les hypocrisies et les stratégies de survie. Les arguments s’enchaînent, les alliances se font et se défont : certains plaident leur utilité, d’autres leur jeunesse, d’autres encore leurs responsabilités familiales. L’une des convives va même jusqu’à proposer un marché sidérant : accepter la mort en échange d’une fortune laissée aux proches.

Dans Le Repas des fauves, les monstres ne sont pas forcément ceux que l’on croit. Comme dans une cage, chacun observe l’autre en espérant ne pas être la prochaine proie. Le texte de Katcha possède cette intelligence rare : révéler l’absurdité et la lâcheté humaines avec une ironie mordante, sans jamais verser dans le manichéisme facile.

 

Une mise en scène au cordeau

 

La mise en scène de Samy Cohen eexploite pleinement cette dimension. Le rythme est vif, les échanges claquent, et le huis clos se transforme en une véritable arène morale où chaque regard, chaque silence, chaque hésitation devient un enjeu. On rit souvent, et parfois malgré soi. Car ce qui frappe dans cette adaptation, c’est l’équilibre remarquable entre tension dramatique et humour noir.

Les huit comédiens livrent une partition remarquable, incarnant avec finesse des personnages pris dans l’étau de leur propre conscience, oscillant entre dignité affichée et instinct de survie. Mention spéciale pour l’interprétation de l’officier allemand : loin de toute caricature, l’acteur compose un personnage étonnamment mesuré, presque courtois, convaincu de la légitimité de sa mission. Sa violence n’est jamais hystérique : elle est froide, rationnelle, implacable. C’est précisément ce qui le rend si troublant.

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Un miroir tendu au spectateur

 

La critique a salué unanimement le spectacle.

Au fond, Le Repas des Fauves réussit ce que le théâtre fait de mieux : nous tendre un miroir. Pas celui d’une époque révolue et rassurante, mais celui de notre propre humanité fragile. Que ferions-nous, nous, face à ce choix impossible ? La pièce ne répond pas. Elle pose la question, et c’est déjà vertigineux.

Le Repas des Fauves se joue jusqu’au 17 mai 2026, le dimanche à 20h30 (relâche les 22 et 29 mars ainsi que le 3 mai), au Théâtre Montmartre Galabru. Les places partent vite. Il serait dommage de passer à côté.

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