
Par Marie-Christine pour Carré Or TV
Un spectacle lumineux, intelligent et profondément actuel !
Et si William Shakespeare avait eu une sœur capable d’écrire des pièces de théâtre ?
Si Macbeth, Hamlet ou Othello avaient été l’œuvre d’une femme ?
Certains soutiennent que Molière n’a écrit que quelques comédies, souvent les moins talentueuses, et que le grand Pierre Corneille serait en réalité à l’origine des pièces les plus célèbres et les mieux écrites du répertoire.
Shakespeare était bien l’aîné d’une fratrie comptant effectivement deux frères et deux sœurs. Or, l’une est décédée très jeune et nous avons la certitude que l’autre fille n’a pas participé à l’œuvre littéraire de son frère.
Virginia Woolf a donc créé de toutes pièces une sœur au célèbre Shakespeare et l’a surnommée Judith.
Judith serait ainsi à l’origine de cette magnifique œuvre littéraire qui a traversé les siècles et qui est connue et reconnue dans le monde entier.
N’est-il pas vrai que derrière chaque homme célèbre se cache une femme ?
Juliette Marie, auteure et responsable de la scénographie, s’est infiltrée dans la fiction de l’autrice anglaise en faisant vivre sur scène Judith.
Interprétée par Solenn Goix, cette jeune femme à l’allure fragile possède le génie de la littérature, mais elle n’a jamais pu signer ses pièces, car elle est née femme !
Or, le sexe féminin ne peut avoir aucune inspiration et encore moins l’exprimer par écrit et être publié !
Nous assistons à une conférence littéraire dirigée par la comédienne Inès Amoura, incarnant Virginia Woolf et dénonçant haut et fort que l’ensemble de la littérature, partout dans le monde, n’appartient qu’aux hommes et qu’au milieu de tous les ouvrages de cette immense bibliothèque, il est impossible de trouver un seul livre écrit par une femme.
POURQUOI UNE TELLE INÉGALITÉ ?
La mise en scène de la pièce est épurée : un immense mur constitué de feuilles de papier symbolisant les ouvrages d’une bibliothèque, devant lequel se trouve un petit bureau sans prétention.
L’originalité de « La Sœur de Shakespeare » tient au fait que deux périodes s’enchevêtrent et dialoguent.
Telle une marionnette, Judith reprend vie sous nos yeux. Quelques instants auparavant, elle s’était donné la mort, demeurant inerte sur scène durant de longues minutes.
Revenue à la vie, un dialogue s’instaure entre ces deux femmes qui, de toute évidence, n’auraient jamais dû se rencontrer.
La conférencière nous rappelle les conditions de vie d’une femme du peuple née au XVIe siècle en Angleterre.
La femme ne peut avoir aucune initiative, aucune perspective d’être reconnue et respectée, le devant de la scène étant toujours occupé par la gent masculine.
Imaginons alors que Judith ait refusé de se marier, de procréer, préférant écrire !
Avec brio, Juliette Marie crée une complicité touchante entre ce duo de femmes et nous sommes séduits par la voix d’Inès Amoura.

Les répliques sont percutantes et le public est pris à partie :
« Pourquoi un sexe est-il si prospère quand l’autre est si pauvre ? »
Malgré le ton ironique et les répliques très incisives envers les hommes, ces derniers, présents dans le public, ont fort bien réagi, ce qui ne fut sans doute pas le cas en 1929 lors de la parution de « La Sœur de Shakespeare ».
La jeune comédienne Solenn Goix, très enjouée, se montre espiègle et particulièrement drôle.
Elle apporte à la pièce une certaine légèreté face au thème sous-jacent : le féminisme.
Un spectacle tout à fait lumineux qui sera présenté cet été à Avignon.
Nous lui souhaitons le meilleur.
À découvrir actuellement au Studio Hébertot jusqu’au 31 mai, les samedis et dimanches.
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