
Par Stanislas pour Carré Or TV
Une comédie tendre sur un art en danger…
À La Divine Comédie, la pièce Théâtre à vendre s’inscrit dans la tradition de la comédie de boulevard tout en tentant une incursion plus mélancolique dans les coulisses d’un art menacé. Signée par Christian Faviez et mise en scène par Tex, cette création propose une réflexion accessible et divertissante sur la fragilité du théâtre contemporain.
Le point de départ est simple mais efficace : un théâtre sur le point d’être vendu à des promoteurs immobiliers, menacé de devenir un parking. Dans ce lieu en sursis, trois comédiens, compagnons de route depuis quarante ans, se retrouvent pour une ultime soirée, convoqués par l’un d’entre eux pour une révélation annoncée comme capitale. Ce huis clos théâtral sert de prétexte à une série d’échanges oscillant entre nostalgie, règlements de comptes et humour.
Dès les premières minutes, la pièce installe une tonalité hybride. Le rire, omniprésent, s’appuie sur des situations bien construites et un sens du rythme indéniable. Les dialogues fusent, souvent ponctués de clins d’œil au répertoire classique, offrant une connivence immédiate avec le public. Certains spectateurs saluent d’ailleurs une œuvre « drôle, rythmée et pleine de clins d’œil », capable de faire « autant travailler les zygomatiques que la mémoire ».
Mais Théâtre à vendre ne se limite pas à la mécanique comique. En filigrane, la pièce interroge la place du théâtre dans une société où la rentabilité semble primer sur la création. La menace du rachat immobilier devient métaphore d’un monde artistique en perte de repères, tiraillé entre passion et contraintes économiques. Cette dimension confère à l’ensemble une certaine gravité, parfois inattendue, qui donne de la profondeur à une intrigue volontairement légère.
La distribution, composée notamment de Juliette Degenne, Denis Cherer et Tex lui-même, fonctionne sur une alchimie palpable. Le trio incarne avec justesse ces artistes en fin de parcours, oscillant entre tendresse, rivalité et désillusion. Leur complicité nourrit le texte et donne chair à des personnages qui auraient pu rester archétypaux.
La mise en scène, sans fioritures, privilégie la proximité avec le public, fidèle à l’esprit des petites salles parisiennes. Ce choix renforce l’impression d’assister à une confession à ciel ouvert, presque intime.
Au final, Théâtre à vendre s’impose comme une comédie intelligente, à la fois accessible et légèrement engagée. Sans révolutionner le genre, elle séduit par son équilibre entre divertissement et réflexion, portée par des comédiens investis et un texte sincère. Une proposition qui, à défaut de bouleverser, rappelle avec justesse que le théâtre reste avant tout un lieu de mémoire, de transmission… et de résistance.
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