Le Portrait de Dorian Gray au Lucernaire

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Par Marie-Christine pour Carré Or TV

Le chef-d’œuvre d’Oscar Wilde renaît dans une adaptation aussi élégante que troublante.

 

L’unique roman d’Oscar Wilde, adapté et mis en scène par Thomas Le Douarec, revient sur la scène du Théâtre du Lucernaire.

Lorsqu’en 1891 le roman paraît en Grande-Bretagne, l’Angleterre victorienne crie au scandale pour outrage à la pudeur.

La presse qualifie l’auteur « d’esthète décadent », d’homosexuel pervers, de dandy vicieux dépourvu de tout sens moral.

Oscar Wilde réplique : « Les gens pensent que je suis Harry, mais le personnage de Basil est ce que je pense être. »

La mise en scène de Thomas Le Douarec respecte parfaitement la quête constante d’hédonisme de cette fable philosophique. Ce soupçon de comédie musicale aurait, de toute évidence, plu à l’auteur.

Quatre comédiens de talent : Thomas Le Douarec, en alternance avec Fabrice Scott, Maxime de Toledo, Mickael Winumet et Caroline Devismes. Cette dernière incarne tour à tour prostituée, chanteuse de cabaret, lady écossaise et comédienne.

« Le Portrait de Dorian Gray » a des allures faustiennes.

D’une grande beauté, Dorian, jeune aristocrate fortuné, innocent et affectueux, pose chez son ami Basil. Or, au cours d’une de ces séances, il rencontre Harry, dandy londonien, personnage cynique, caustique, libertin et jouant des mots avec brio.

Dorian est littéralement envoûté par la personnalité d’Harry.

Si la beauté est conditionnée à la jeunesse, comme le prétend Harry, alors il est prêt à vendre son âme au diable.

Par la magie d’un sortilège, Dorian conserve la même apparence physique aux yeux du monde, mais son âme s’assombrit de jour en jour. Certes, il demeure jeune et beau, mais il n’éprouve plus aucune émotion.

Ce Pygmalion satanique a fait de ce jeune esthète un homme insensible, dépravé, amoral, vicieux, se livrant aux actions les plus basses et lâches de l’humanité.

« Le seul moyen de se défaire d’une tentation est d’y succomber. »
Telle est la devise de son mentor.

Ainsi, le portrait réalisé par son ami Basil. Cette peinture dans laquelle ce dernier a placé tout son penchant amoureux inavoué subit, quant à lui, non seulement les ravages du temps, mais imprime également la noirceur des actions les plus abjectes de Dorian.

Ce dernier est épouvanté par la transformation de son portrait ; aussi cache-t-il le tableau derrière un paravent.

Dorian Gray tente, en dernier ressort, de faire acte de contrition, mais il ne fait qu’ajouter un stigmate de plus au portrait : celui de l’hypocrisie.

On peut relever qu’Oscar Wilde égratigne, avec plaisir et le mot est faible la gent féminine : « Aucune femme n’est un génie, les femmes sont un sexe ornemental. »« Elles n’ont rien à dire, mais font beaucoup d’agrément. »

L’auteur considère ainsi les femmes comme des êtres superficiels, sans aucun sens artistique, ce qui explique la vive réaction des lectrices anglaises en cette fin du XIXe siècle.

Provocateur dans l’âme, l’auteur n’épargne pas non plus l’institution du mariage :« L’unique charme du mariage tient à ce qu’il oblige les deux parties à mener une vie de mensonges. » et « La fidélité est à la vie affective ce que la cohérence est à la vie intellectuelle : un simple aveu d’échec ! »

Le texte d’Oscar Wilde, transgressif à souhait, a été censuré ; il n’en demeure pas moins un véritable chef-d’œuvre littéraire.

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Les comédiens maîtrisent parfaitement le verbe du dramaturge irlandais : la justesse des mots et toute la poésie qui s’en dégage.

Dès le premier tableau, la mise en scène nous plonge dans une ambiance de cabaret, piano-bar et chanteuse corsetée, aguichante. Rouge et noir en sont les couleurs dominantes.

Les effets de vapeur recréent l’atmosphère du fog londonien et l’aspect glauque des bas-fonds fréquentés par Dorian Gray et que fréquenta également Oscar Wilde.

Malgré les outrances et l’art de la provocation, cette pièce est une merveilleuse parenthèse littéraire, qui coûta très cher à Oscar Wilde lors de son procès.

Allez applaudir au Lucernaire.

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