Les Secrets de la Méduse au Théâtre le Lucernaire

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Par Marie-Christine pour Carré Or TV

Un seul-en-scène saisissant

au cœur de la folie humaine

 

Nous avons tous admiré au Louvre Le Radeau de la Méduse, peint par Géricault.

En 1816, le naufrage de la frégate La Méduse avait fait grand bruit. Partie pour le Sénégal en juin de cette même année, après quinze jours de navigation, la frégate s’échoue sur le banc de sable d’Arguin, au large de la Mauritanie.

Le bilan est dramatique : le 26 août 1816, seuls trois rescapés survivent parmi les 150 personnes embarquées sur le radeau.

Véritables cadavres ambulants, l’un d’entre eux racontera l’authentique histoire du naufrage de la Méduse.

Profondément marqué par la révélation des secrets de la Méduse, par l’injustice et la lâcheté du capitaine Hugues Duroy de Chaumareys, Théodore Géricault s’investit totalement dans cette tragédie. Entre 1818 et 1819, il réalise une œuvre monumentale montrant à la France et à l’humanité l’extrême souffrance des naufragés, entassés sur un radeau de fortune construit à la hâte pour 147 passagers, les canots de sauvetage étant insuffisants et réservés aux notables et officiers.

Geoffrey Callènes et Antoine Guiraud signent pour le théâtre Les Secrets de la Méduse.

Après un vif succès au Théâtre du Ranelagh, Le Lucernaire accueille le comédien Geoffrey Callènes dans ce seul-en-scène saisissant.

Il interprète l’un des trois rescapés du naufrage, déterminé à raconter la véritable histoire de la Méduse, celle qu’il a vécue, et non celle déformée par des récits irresponsables. Il incarne également Géricault, faisant dialoguer deux figures : le survivant et le peintre, deux regards pour une seule vérité.

Durant 1h25, Geoffrey Callènes livre une performance remarquable. Il passe d’un personnage à l’autre avec une grande maîtrise : homme d’équipage, peintre, officiers, capitaine ou passagers. Son jeu, très physique, constamment en mouvement, reflète la violence de la mer et l’urgence de la situation. Sa voix, modulée en permanence, donne vie à cette galerie de personnages.

Au départ, l’embarquement se fait dans une euphorie totale. La Méduse quitte les côtes, escortée de la corvette L’Écho, du brick L’Argus et de la gabarre La Loire, direction Saint-Louis du Sénégal.

Mais en prenant de l’avance, la frégate perd rapidement de vue les autres navires. Très vite, une inquiétude grandit : le capitaine, royaliste, n’a pas navigué depuis vingt-cinq ans. Le doute s’installe, la peur gagne les esprits.

Guidé par un ego surdimensionné, il accumule les erreurs. Pensant avoir dépassé le redoutable banc d’Arguin, il est trop tard pour changer de cap. La frégate s’échoue brutalement.

Trois jours plus tard, le 5 juillet, une tempête se lève. Le gouvernail se brise, le navire prend l’eau.

Un radeau de fortune, appelé « La Machine », est construit pour transporter hommes et matériel : 15 mètres sur 8 pour 147 personnes. Les canots, censés le remorquer, sont à peine chargés, tandis que les naufragés, entassés sur le radeau, ont de l’eau jusqu’à la taille et ne peuvent presque pas bouger.

Trop lourd à tirer, le capitaine ordonne de couper les amarres. Le radeau est abandonné, livré à lui-même.

Dès lors, l’enfer commence.

Les vivres, l’eau et le vin sont emportés par les vagues. Affamés et assoiffés, les hommes sombrent dans la folie. Des rébellions éclatent, des carnages surviennent. Les plus faibles sont jetés à la mer.

Au bout de quelques jours, il ne reste plus que trente survivants. Pour rester en vie, certains en viennent à se nourrir des cadavres.

Lorsque L’Argus retrouve le radeau, ils ne sont plus que quinze, à bout de forces. Finalement, seuls trois hommes survivront à cet enfer.

Le capitaine Duroy de Chaumareys sera condamné à trois ans de détention au fort de Ham, avec dégradation militaire et honte à perpétuité.

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Durant toute la pièce, Geoffrey Callènes ne laisse aucun répit au spectateur. Il nous fait ressentir, presque physiquement, les conditions de vie sur ce radeau infernal : la chaleur, la soif, la faim, la peur, le désespoir, la haine. Face à l’extrême, chacun lutte pour sa survie.

Pendant des mois, Géricault s’est imprégné de cette tragédie. Il peindra avec une intensité rare, donnant naissance à une œuvre qui marquera à jamais les esprits.

Après cette pièce, il est certain que nous regarderons ce tableau avec un regard profondément empreint de compassion.

Un immense bravo à ce comédien impressionnant, ainsi qu’à la mise en scène d’Antoine Guiraud.

Un véritable coup de cœur, à découvrir jusqu’au 12 avril 2026.

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