Coups de coeur

Hemingway au Théâtre le Lucernaire

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Par Marie-Chrsitine pour Carré Or TV

Jérôme Paquatte incarne avec force et intensité

cet homme aux multiples facettes

 

Tour à tour journaliste, reporter de guerre, romancier, chasseur et pêcheur passionné, grand voyageur, boxeur… La liste est encore longue !

Ainsi, son existence fut une succession d’aventures, les unes plus incroyables que les autres.

De tempérament hâbleur, bagarreur et alcoolique, vivre jusqu’à l’excès telle fut la devise de ce géant de la littérature : Ernest Hemingway.

Le biopic consacré à Hemingway, écrit par Pascale Moine-Frémy et mis en scène par Élie Rapp, est actuellement présenté au Théâtre du Lucernaire. Il nous entraîne dans l’intimité de cette figure mythique de la littérature américaine.

Pour incarner ce monstre sacré de la littérature du XXe siècle, personnage haut en couleur, il fallait confier le rôle à un comédien de talent, ayant également une stature imposante, capable d’en porter toute la démesure. C’est le cas de Jérôme Paquatte.

Seul en scène, ce dernier va nous faire revivre Hemingway, de son plus jeune âge jusqu’à sa mort.

L’action se déroule à la Finca Vigía, résidence cubaine de l’écrivain. Ce lieu est un véritable paradis terrestre où Ernest Hemingway peut écrire paisiblement, malgré l’agitation politique qui règne sur l’île.

Nous pénétrons dans le bureau de l’écrivain.

Hemmy est assis devant sa machine à écrire. Les touches du clavier résonnent. Depuis toujours, il s’est fixé comme règle d’écrire chaque jour un certain nombre de mots.

Le téléphone ne cesse de sonner. Il n’en peut plus de cette chasse à l’homme. Les journalistes de tous bords le harcèlent !

Pourtant, lui aussi a travaillé pour la presse. Lui aussi a rédigé maints articles, mais ce n’était pas du voyeurisme comme celui de ces petits journalistes actuels.

Il a d’ailleurs interdit toute biographie le concernant tant qu’il serait de ce monde.

Hemingway est excédé. Il répond au téléphone en injuriant son interlocuteur, avant même que celui-ci ne se présente !

Depuis qu’il vient de remporter, en cette année 1954, la plus haute récompense littéraire, à savoir le prix Nobel de littérature pour Le Vieil Homme et la Mer, la Finca Vigía n’est plus le havre de paix qu’il chérissait.

Méprisé tout au long de sa vie par sa propre mère, il vient de remporter une victoire sur cette femme qu’il hait.

Pour Le Vieil Homme et la Mer, il avait envisagé une quarantaine de fins possibles, mais ses efforts et son perfectionnisme n’ont pas été vains !

Néanmoins, cette notoriété et ce label sont devenus insupportables, comme la vie elle-même. La célébrité est devenue une prison.

En vérité, Ernest Hemingway ne s’est jamais aimé.

« Ce prix est une putain qui peut vous séduire et vous coller une maladie incurable. »

Durant ces années 1950, il se sent poursuivi par le FBI, qui croit voir en lui un agent de l’URSS. Paranoïa ou réalité ?

Malgré tous les accidents dont il fut victime, les nombreuses alertes de santé et les recommandations strictes de ses médecins, Hemmy a toujours des bouteilles d’alcool à portée de main.

Parce que son surnom était « Papa », il a ainsi baptisé « Papa Doble » le double daïquiri.

L’alcool est indispensable à sa vie qui part en lambeaux. Ceci est évidemment un prétexte, car il boit depuis presque quarante ans. Son alcoolisme, conjugué à un esprit bagarreur, lui a valu bien des déboires en tout genre.

Ainsi, depuis toujours, il a aimé côtoyer le danger et narguer la mort.

Aujourd’hui, vieillir lui fait peur et il est en pleine dépression.

L’existence a perdu de son sel !

Il n’a pas encore soixante ans et pourtant, c’est déjà un vieillard malade, fragile et craintif.

Il confie à l’actrice Ava Gardner, de passage à la Finca Vigía : « Je passe un temps formidable à tuer des animaux et des poissons afin de ne pas me tuer moi-même. »

De sa naissance dans le Michigan jusqu’à ce jour où il effectue le grand saut, Jérôme Paquatte incarne avec brio cet homme aux multiples facettes.

Tout au long de ce spectacle, on ressent toute sa haine vis-à-vis de Grace, cette mère superficielle qui ne l’a jamais aimé ni compris.

Il la juge responsable du suicide de son père, ce père qui lui a transmis la passion de la pêche et de la chasse.

Reporter et journaliste pour de grands quotidiens américains, Hemingway va participer à la Première Guerre mondiale, mais surtout à la Seconde Guerre mondiale, où il ne se contente pas d’être un simple journaliste au service de la presse : il participe également militairement au conflit. Une implication qui lui fut reprochée et lui attira quelques déconvenues !

Entre ces deux guerres mondiales, nous le suivons dans le Paris des années folles.

Marié à Hadley Richardson et père d’un petit garçon, nous vivons ses rencontres avec Gertrude Stein, Sylvia Beach, Scott Fitzgerald, Kiki de Montparnasse… Cette vie trépidante de Montparnasse, du Dôme à la Closerie des Lilas… Toutes ces nuits d’ivresse !

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Les débuts sont difficiles pour écrire.

Avec Le Soleil se lève aussi, il commence à être reconnu.

Voyageur infatigable, il va se passionner pour la tauromachie.

« Fête sensuelle où le sang se mêle au soleil et à la mort. »

Toujours ce rapport au danger extrême et à la mort qui le fascine.

La passion de la tauromachie ne le quittera jamais. Aussi revient-il sans cesse en Espagne, à Pampelune notamment, pour assister aux corridas, qu’il vit intensément.

Hemingway ne connaît pas la demi-mesure. Il fait tout avec outrance.

Marié quatre fois, père de trois fils, John, Patrick et Gregory, il multiplie les amours extraconjugales.

Sa soif de vie n’est jamais assouvie.

Excepté Hadley Richardson, toutes ses conjointes sont journalistes ou reporters de guerre. Ce sont des femmes d’action et, avec l’une d’entre elles, Martha Gellhorn, il éprouve une certaine rivalité professionnelle, ce qui l’agace fortement, car il est aussi macho !

Hemingway fait une foule de rencontres avec des gens plus ou moins célèbres, mais certaines sont capitales, comme celle avec le photographe Robert Capa durant la guerre civile espagnole.

Pour chaque conflit se déroulant sur la planète, Hemingway a besoin de couvrir l’événement. Il aime, en fait, la dureté engendrée par les guerres. Il porte en lui une violence inassouvie.

Pascale Moine-Frémy nous montre un homme souvent excessif, brutal, bagarreur, alcoolique, mais également capable de s’émouvoir, toujours avec pudeur.

Dépressif, toujours en quête de sensations fortes, d’amours, de voyages, de chasse, de pêche…

L’un de ses derniers messages à la postérité est le suivant : « Je préférerais que l’on analyse mon œuvre plutôt que les infractions de mon existence. »

Ce seul-en-scène d’une heure quinze, porté par Jérôme Paquatte, retrace cette trajectoire de vie avec beaucoup d’engagement.

La mise en scène d’Élie Rapp ne transforme pas Hemingway en simple héros de légende.

Nous ressortons de ce spectacle avec l’envie de relire les grandes œuvres d’Hemingway, comme Le Vieil Homme et la Mer, Pour qui sonne le glas ou encore Paris est une fête…

Un spectacle à découvrir sans tarder au Théâtre du Lucernaire, jusqu’au 8 novembre 2026.

Extrait vidéo

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