
Par Stanislas pour Carré Or TV
Un voyage théâtral bouleversant et lumineux
Au Théâtre de la Pépinière, « Tout le bleu du ciel » transforme le best-seller de Mélissa Da Costa en un spectacle profondément humain, sensible et lumineux. Une invitation à prendre le temps de vivre.
Adapter un roman qui a rencontré un tel succès est toujours un exercice périlleux. Comment faire passer sur une scène l’intimité d’une histoire, la richesse des paysages, les pensées des personnages et toutes ces émotions qui ont fait vibrer des millions de lecteurs ? Avec « Tout le bleu du ciel », Mikaël Chirinian relève le défi avec beaucoup de finesse.
Le roman de Mélissa Da Costa, publié en 2019, raconte la rencontre improbable entre Émile, jeune homme de 26 ans atteint d’un Alzheimer précoce, et Joanne, une inconnue qui accepte de l’accompagner dans un dernier grand voyage. À bord d’un camping-car, ils prennent la route sans véritable itinéraire. Ce qui devait être une fuite devient peu à peu une formidable aventure humaine.
Sur scène, le spectacle ne cherche pas à reproduire l’intégralité du roman. Et c’est probablement l’une de ses grandes qualités. Il en conserve l’essentiel : l’émotion, la rencontre, le besoin de liberté et cette urgence de vivre lorsque le temps devient soudain précieux. La mise en scène privilégie l’épure et laisse une large place à l’imaginaire du spectateur.
Audran Cattin donne à Émile une fragilité particulièrement touchante. Derrière la maladie, il fait apparaître un jeune homme qui refuse de se résumer à son diagnostic. Son personnage oscille entre humour, colère, peur et désir de profiter pleinement de ce qui lui reste à vivre.
Face à lui, Blanche Sottou compose une Joanne toute en retenue. Son personnage se dévoile progressivement, presque à son insu. Cette relation qui se construit au fil du voyage constitue le véritable cœur du spectacle. Deux êtres qui ne se connaissent pas vont apprendre à se regarder, à se faire confiance et, surtout, à se découvrir eux-mêmes.

La présence de Laetitia Franchetti apporte une dimension supplémentaire au récit. Sa voix accompagne le voyage, comble les ellipses et permet de faire exister les paysages et les épisodes que le théâtre ne peut évidemment pas montrer comme le ferait le cinéma.
Mais « Tout le bleu du ciel » n’est pas seulement une histoire sur la maladie. C’est avant tout une histoire sur la vie. Sur ces rencontres qui arrivent parfois au moment où l’on s’y attend le moins. Sur la nécessité de sortir des chemins tout tracés. Sur le courage de regarder l’avenir, même lorsque celui-ci paraît terriblement court.
Le spectacle évite ainsi de sombrer dans le pathos. Il y a de la tristesse, bien sûr, mais également de l’humour, de la tendresse et de magnifiques moments de légèreté. C’est ce fragile équilibre qui permet au public de se laisser emporter sans jamais avoir le sentiment d’être manipulé par l’émotion.
En 1h20, le spectacle réussit finalement quelque chose de précieux : nous faire voyager sans quitter notre fauteuil. Un voyage géographique, mais surtout intérieur.
On ressort de la Pépinière avec cette sensation étrange et agréable d’avoir partagé quelques heures de la vie d’Émile et Joanne. Et peut-être aussi avec l’envie de regarder différemment notre propre quotidien.
« Tout le bleu du ciel » est un spectacle tendre, sincère et profondément humain. Une parenthèse théâtrale qui rappelle, avec beaucoup de délicatesse, que le bonheur ne se mesure pas toujours au temps dont nous disposons, mais à la manière dont nous choisissons de le vivre.
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